Le Prieuré de l’Oranger ou pourquoi je ne lirai plus la fantasy comme avant (aka le sexisme en fantasy)

14 ans c’est l’âge que j’avais quand j’ai lu mon premier roman de fantasy. 24 ans c’est l’âge que j’avais quand j’ai remarqué que la plupart des livres que je lisais était foncièrement sexiste. 26 c’est l’âge que j’avais quand j’ai enfin faire pu lire à ma copine un roman de fantasy adulte et en français où le couple principal était entre deux femmes (Le Prieuré de l’Oranger de Samantha Shannon). Ma copine, c’est elle la spécialiste du genre à la maison. Elle lit de la fantasy depuis toujours mais de plus en plus je la voyais refermer ces livres en soupirant et en levant les yeux au ciel. Je me suis alors intéressée à ces livres qui trônaient dans ses bibliothèques et le moins que l’on puisse dire c’est que je n’ai pas passé un très bon mois de lectures.
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On pourrait penser qu’en tant que littérature de l’imaginaire la fantasy peut penser et représenter les choses différemment que dans notre monde. Pourtant elle véhicule toujours la vision et les clichés de notre société. En effet, la création d’univers semble permettre une liberté d’invention totale. Pourtant la représentation des femmes (et des minorités) en fantasy est bien souvent entouré de tous les biais sexistes et patriarcaux de nos sociétés et de notre temps. Dragons, géants, magie, tout est accepté mais accorder une représentation et de la diversité ? Hors de question, on garde notre bon vieux sexisme, notre homophobie et notre racisme…
Ici, c’est à la représentation des femmes que nous nous intéresserons plus particulièrement car si elle est important d’être plus souvent exposé à des protagonistes féminins, il faut voir la façon dont elles sont traitées par leurs auteurs.
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Je tiens aussi à souligner la différence entre univers sexiste parce qu’il est un reflet de notre réalité (ou d’une autre période) et univers (et écriture) sexiste. Dans l’un la misogynie sera possiblement un obstacle à affronter pour l’un des personnages, quelque chose que l’auteurice/le narrateur dénoncera d’une façon ou d’une autre et dans l’autre cas, c’est juste… de l’écriture paresseuse. Du vu et re-vu mille fois.
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I- La représentation des femmes en fantasy

L’introduction d’un personnage féminin dans un récit de fantasy repose bien souvent sur une description physique appuyée. Elle est forcément très belle provoquant alors le désir (physique ou simplement romantique) des personnages masculins présents ou la jalousie/méfiance des autres femmes. Ses yeux, sa façon de se déplacer, ses cheveux, tout est passé en revue contrastant alors avec les descriptions des hommes souvent plus sommaires. Comme si ces descriptions n’étaient faites que pour assouvir des fantasmes.
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Ex : « Olen entrevit une jolie fille aux cheveux roux, vêtue d’une robe lacée sur le devant, qui le regardait dans les yeux. » (Qui est-elle ? Comment s’appelle-t-elle ? Peu importe puisqu’elle est jolie). Le puits des mémoires Gabriel Katz – 2012 (p. 35)
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La description d’une fée de douze centimètres chez Pierre Pevel : « La silhouette de son corps nu s’y dessine, un corps menu qui semble n’être qu’un peu de lumière façonné. Il est pourtant bien réel, bien tangible. Et sensible. Pour preuve, Chandelle a pris soin de poser son charmant petit derrière sur un carré de mousse. » Les masques de la Wielstadt de Pierre Pevel – 2001 (p. 245)
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« Assez grande et de loin plus mince et musclée que ses contemporaines qui veillaient à rester grasses pour séduire, elle n’était pourtant pas sans charme […] Alouris d’amples boucles, ses longs cheveux noirs encadraient un visage mince et volontaire dont ils soulignaient la pâleur. Ses lèvres pleines et sombres souriaient rarement. Non plus que ses yeux verts émeraudes où brûlait une flamme froide. » Les lames du Cardinal de Pierre Pevel – 2007 (p. 30)
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« La jeune sirène émergea de l’eau jusqu’à la taille en éclaboussant violemment la surface de l’eau avec ses mains. Geralt se convainquit qu’elle arborait de très beaux seins – parfaits, même. Seule leur couleur gâchait le spectacle : les tétons étaient vert pâle et l’aréole les enveloppant plus claire encore. » – L’épée de la providence d’Andrej Sapkowski – 1992.
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.Vraiment messieurs les auteurs, qu’est-ce que vous avez à passer trois pages à nous décrire la lourdeur, la rondeur et la façon dont pointent des seins ?
Peu importe qui elles sont, ces femmes sont d’abord « belles », « jolies », « attirantes », [insérer ici n’importe quelle qualité physique] (et généralement blanches, on va pas se mentir sauf quand on rajoute un peu de racisme avec tout ça et que l’auteur parle d' »exotisme »). Le personnage féminin ne vit donc qu’à travers sa beauté qu’elle doit presque au lecteur. « Women’s beauty is seen as something separate from us, something we owe but never own. »Jess Zimmerman.
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Un autre exemple (si vous en aviez besoin) : Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski (2009). Voilà un récit qui ne tourne qu’autour d’hommes évidemment, où les femmes ne sont que des « pucelles provocantes », des « gueuses à vendre », des « femmes faciles ». Elles n’ont aucun rôle, aucune éducation et aucun destin autre celui imposé par les hommes. Tout ça c’était sans compter sur une scène de viol (que je ne prendrais pas la peine de citer mais pages. 338-339 si vous voulez vérifier) absolument horrible sans que l’auteur (ou le narrateur) ne condamne une seule fois cet acte.
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Et que se passe-t-il lorsque ces femmes ont la chance de rester présente plus d’une page et même d’avoir le privilège d’avoir un nom ? Elles s’inscriront alors dans trois grands archétypes principaux : la Mère, la Vierge-Épouse, la Femme-Objet. La première est celle par laquelle le héros est materné, elle se définie par sa dévotion aux autres. Elle soigne, guérie, galvanise par ses sages paroles. La deuxième est la femme désirée mais d’une façon pure et romantique (contrairement à la Femme-Objet). Le héros cherche à la protéger sans que celle-ci ait son mot à dire. La troisième sera utilisée pour mettre sur un pied d’estale la Vierge-Épouse. On la rabaisse tout en la désirant. Les deux sont généralement mises en compétition pour l’attention du héros.
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Et les guerrières dans tout ça ? Sous couvert de vouloir s’extirper de ces archétypes, on retrouve parfois des femmes-amazones. « Badass » ce mot que l’on jette à tout bout de champ pour décrire n’importe quelle femme forte en s’imaginant que c’est la seule façon de créer un personnage féminin intéressant. Ces femmes que l’on décrit en rejetant leur féminité (considérée comme faible) qu’elles dénigrent souvent chez les autres femmes, leur empathie et parfois même leur vulnérabilité. Elles sont considérées comme meilleures car elles ne sont pas vaines et se soucient peu de leur apparence. Au final, elles sont presque assimilées à des hommes (dans tout ce qu’il y a de « meilleur » dans les attributs masculins : violence, force…) tout en restant sexy au cas où le personnage masculin décide de coucher avec elle, bien sûr. Une femme n’a pas à être « forte » pour avoir le droit d’exister. Sans compter qu’il n’existe pas une seule façon d’être forte car certaines n’ont pas besoin d’épée pour l’être.
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Ex : « Il y avait bien des femmes dans l’armée mais la plupart étaient guérisseuses ou cantinières… Les combattantes étaient rares, et celle que l’on trouvait en première ligne étaient plus masculines que des taureaux en rut.
Avec ses grands yeux dorés, sa crinière de cheveux bouclés aux tons fauves, sa peau très blanche et ses tâches de rousseur, Kaelyn était -en tout cas pour une guerrière- d’une beauté spectaculaire. Son corps souple et finement musclé, ses fesses bien rondes et ses petits seins fermes étaient une torture pour ces hommes. » Maîtresse de guerre de Gabriel Katz – 2014.
Combo parfait chez M. Katz qui nous sert une femme badass, sexy en même temps (il faudrait pas que la seule femme du roman soit laide en plus !) et qui dénigre les autres femmes. Clichés quand vous nous tenez…
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.Les femmes dans Le Prieuré de l’Oranger :
Si vous ne connaissez pas Le Prieuré de l’Oranger voici son résumé : « La maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle…
Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages. Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela.

De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues. Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence.
Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil… Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces. »
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Sur cinq personnages principaux, trois d’entre eux sont des femmes. On a d’abord Ead, une dame de compagnie de la reine mais surtout une espionne et sorte de garde du corps, Sabran, la reine en question et Tané une jeune guerrière. Aucune d’entre elle ne se ressemble, aucune n’est sexualisée et aucune ne subit de violences sexuelles. Ça ne fait pas d’elles des personnages inintéressants ou parfaits qui ne vivent aucun drame.
Si Ead et Tané sont deux femmes qui savent se battre, la force de Sabran réside dans sa façon de régner sur son peuple et dans la puissance de ses mots. Ici, il n’y a pas de « femmes fortes » juste des héroïnes qui cherchent à faire du mieux possible, qui veulent contrôler leur destin qu’elles se battent avec des épées ou avec leur esprit.
Les descriptions physiques des personnages sont si peu nombreuses qu’elles nous laissent la place d’imaginer. A part la couleur de la peau, des yeux et des cheveux, on n’a peu d’information et surtout aucune description déplacée. Sont-elles grandes, petites, grosses, minces ? A vous d’imaginer. Vous n’aurez ni poitrine rebondie, ni dos courbé à s’en casser la colonne vertébrale ici.

« Une femme se tenait dans la pénombre. Ses cheveux bruns lui tombaient à la taille, et sa robe était constellée de fleurs de sel. » (p. 14)

« La ressemblance était troublante. À l’instar de ses ancêtres, elle était dotée de cheveux noirs et d’yeux vert d’eau qui semblaient se fracturer au soleil. » (p 56)

« Une peau profondément olivâtre, tannée et couverte de taches de rousseur. Des cheveux pareils à du vin d’orge. Des yeux d’un ambre clair, légèrement soulignés de peinture noire, une cicatrice sous le gauche. » (p. 133)

L’unique description du corps d’une femme se fait à travers les yeux d’Ead, une femme lesbienne alors qu’elle parle de celle dont elle est amoureuse :
« Des hanches rondes, la taille fine, des seins charnus aux mamelons tendus. Des jambes longues, musclées par l’équitation. Quand elle aperçut l’obscurité entre elles, Ead fut parcourue d’un frisson… » (p. 340)
On est donc ici dans ce qu’on appelle du « female gaze ». Aucun homme dans la scène, la femme nue n’est là que parce qu’elle le veut, pour le plaisir de l’autre personnage et pas pour celui du lecteur/lectrice.
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Le roman est aussi rempli de personnages féminins secondaires : Tusa, Margret, Kalyba, Truyde, Igraine… Chacune d’entre elle a ses rêves, ses espoirs, sa personnalité. On est bien loin du récit où les femmes ont une place réservée et ne sortent pas du carcan imposé, qu’elles soient dames de compagnie, nobles, sorcières ou guerrières. Ici pas de rôles de genre : les gardes peuvent être des femmes et les pirates aussi.
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II- Leurs relations avec les hommes

.On retrouve peu de relations égalitaires entre les hommes et les femmes en fantasy. Bien souvent, elles ont quelque chose à perdre dans ces relations (notamment leur liberté) et peuvent être considérées comme des trophées pour le héros. Elles sont une assurance-vie pour lui qui verra sa descendance et sa mémoire se perpétuer après lui et restent enchaînées à leur devoir de maternité. On est dans cette optique où l’homme doit dominer et la femme enfanter.

Les relations amicales existent peu et évoluent presque toujours en relation amoureuse (ou sexuelle). On retrouve ici l’idée que si un homme et une femme en présence l’un de l’autre n’ont aucun lien familial ou matrimonial, il va forcément se nouer entre eux un jeu de séduction (« tension sexuelle »).

TW : viol

On ne peut pas évoquer les relations entre les personnages masculins et les personnages féminins sans parler des viols et des violences envers les femmes. Encore bien trop récurent en fantasy sous couvert de « réalisme historique » en oubliant trop souvent qu’un roman de fantasy n’est pas un roman historique. Le viol est souvent une menace constante pour les femmes en fantasy. La seule menace d’ailleurs comme si une femme était incapable de s’endurcir autrement que par le viol. On serre les dents dès qu’une femme se retrouve en position de faiblesse car l’on sait ce qu’il va suivre, on le sent venir à des kilomètres et on l’a lu bien trop souvent.
Parfois, il est le moteur du protagoniste masculin, une raison pour lui de se venger. « […] c’est rarement la victime qui se venge mais plus souvent un homme proche d’elle. Pour blesser une femme et la mettre en colère, il lui faire du mal. Pour blesser un homme et le mettre en colère, il faut faire mal à la femme qu’il aime. Le viol féminin sert donc à renforcer la masculinité et la virilité des héros… » – Culture du viol à la française Valérie Rey-Robert (2019)
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L’une des premières questions que l’on me pose lorsque je conseille un livre de fantasy c’est « Est-ce qu’il y a une scène de viol ? ». Voilà à quel point nous sommes confronté à ce genre de violences.
Ensuite, cette violence devient le seul moteur du personnage, sa seule façon d’exister dans le récit. Elle ne se définit plus que par ce qui lui est arrivé.
L’excuse d’un univers historique pour expliquer la rudesse du traitement réservé aux femmes est difficile à comprendre lorsque l’on parle de romans de fantasy où les règles, les codes, les habitudes de notre monde n’ont pas lieu d’être. C’est une façon de perpétuer l’éternelle romantisation des violences faites aux femmes et d’ancrer la victimisation de ces êtres si fragiles qui seraient à la merci de tous ou nécessairement sous la protection d’UN homme. C’est en plus faire de l’Histoire facile. Prenons le Moyen-Age, cette période que nos chers auteurs adorent (on croirait presque ils y vivent encore…), le viol y était là aussi un crime grave. Certes les raisons évoquées ne sont pas les même qu’aujourd’hui puisque autrefois c’était la pureté de la femme, sa réputation qu’on défendait et non pas juste la personne qu’elle était. Il n’empêche que le viol restait un acte punit par la loi (bien trop peu souvent… comme aujourd’hui, quoi).
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Ex : Dans le roman Arkane de Pierre Bordage, nous avons deux personnages principaux, un homme et une femme. Bien évidemment, les menaces de viol et d’inceste pèsent sans cesse sur le tête de cette pauvre Oziel et ce dès les 30 premières pages :« Elle ne bougeait pas, baignée de plaisir, de honte et de frayeur, lorsque les mains agiles de son frère s’insinuaient sous sa chemise de nuit et se promenaient sur sa peau frissonnante » La Désolation : Arkane de Pierre Bordage (2017) (Et oui parce que parfois elles aiment ça en plus, c’est bien connu.)
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« Une splendide et mince jeune femme aux abondants cheveux de jais l’y attendait. Encore plus troublante que ses courtisanes, vêtue en tout et pour tout de fines cuissardes de cuir noir gainant ses jambes fuselées, elle était liée debout, membres écartés, maintenue sur un chevalet composé d’un cadre matelassé de bois laqué. Cette vision enflamma les sens du Ténébreux » L’Agent des Ombres de Michel Robert – 2008.

Le Prieuré de l’Oranger :

Le royaume d’Inys est en réalité un reinaume, une matriarchie, Sabran comme toutes les reines avant elle ne dépend d’aucun conseiller, d’aucun père.
Le Prieuré de l’Orange nous offre en plus de belles amitiés hommes/femmes : Ead et Loth, Sabran et Loth, Niclays et Layla, Margret et Loth, Sabran et Aubrecht. Ces amitiés font même de l’ombre à la romance. D’ailleurs, Tané, elle, n’a aucune sous-intrigue amoureuse.

« Je considère Lord Arteloth comme un proche ami, et cela me satisfait pleinement. » (Ead à Sabran, p. 129)

[SPOILERS]
Sabran, en tant que reine, est même confronté au mariage arrangé. Un mariage dont elle ne veut pas mais auquel elle finit par se plier. Un mariage qui malgré tout reste dans le respect, le consentement et la bienveillance, de la cérémonie, en passant par la nuit de noces…

« Les compagnons s’embrassaient généralement une fois leur union célébrée, mais une telle démonstration ne seyait pas aux personnes royales. Sabran se contenta de saisir le bras que Lievelyn lui présentait, et ils descendirent ensemble de la tribune. » (p. 337)

« Est-ce que tout s’est bien passé, avec Son Altesse Royale ?
— Parfaitement, confirma Sabran.
— C’est vrai ?
— C’est vrai. C’était étrange, mais Son Altesse s’est montrée… prévenante. » (p. 346)

Malgré l’aspect « arrangé » du mariage, jamais ce mari ne se montre violent, jamais il ne profite du fait que Sabran a été obligé de s’unir avec lui. Il se noue même entre eux une relation saine et d’affection profonde. Comme quoi, vous voyez ce n’est ni difficile, ni impossible et ça n’empêche pas au personnage féminin de vivre des épreuves.

III- Leurs relations avec les autres femmes

Vos romans de fantasy préférés passent-il le test de Bechdel ? Combien y’a t-il de personnages féminins et surtout combien de ces personnages ont une interaction, une véritable relation sans aucun lien avec le protagoniste masculin ? Essayez de me citer une amitié féminine dans un roman de fantasy. Allez-y, j’attends. Vous n’y arrivez pas ou difficilement ? C’est parce qu’il n’y en a que trop peu puisque les femmes sont trop occupées à se détester mutuellement. Mais non la concurrence et la jalousie entre femmes ne sont pas des fatalités et ce n’est que de la misogynie internalisée à laquelle on est biberonné depuis l’enfance.
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« Après tout, les attributs de la beauté ne lui serviraient pas à grand-chose. Elle n’avait aucune raison d’envier les dames et leurs corsets cintrés, leurs jupes froufroutantes, leurs rires de fausset ridicules. »  Shades of Magic de V.E Schwab – 2015 (p 88)

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Prenons l’exemple de Brandon Sanderson et… d’environs tous ces écrits. On a parfois, souvent même un personnage féminin complexe et bien écrit (Vin dans la trilogie Mistborn, Sarene dans la série Elantris…) et pourtant elles doivent se sentir bien seules. Elles ne sont entourées que d’hommes (UN personnage féminin intéressant il faut pas trop en demander quand même) et ont en tout et pour tout une, deux ou trois scènes avec d’autres femmes. Elles sont des exceptions dans l’univers, des femmes à part, pas comme les autres.
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“Here’s the truth: friendships between women are often the deepest and most profound love stories, but they are often discussed as if they are ancillary, “bonus” relationships to the truly important ones. Women’s friendships outlast jobs, parents, husbands, boyfriends, lovers, and sometimes children…it’s possible to transcend the limits of your skin in a friendship…This kind of friendship is not a frivolous connection, a supplementary relationship to the ones we’re taught and told are primary – spouses, children, parents. It is love…Support, salvation, transformation, life: this is what women give to one another when they are true friends, soul friends” – Emily Rapp.
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« Voici la vérité : les amitiés entre femmes sont souvent les plus fortes et profondes histoires d’amour mais elles sont souvent considérées comme secondaires, des relations « bonus » à celles qui comptent vraiment. L’amitié entre femmes surpassent le travail, les parents, les maris, les petits-amis, les amants et parfois les enfants… Il est possible de transcender ses propres limites dans une telle amitié. Ce type d’amitié n’est pas qu’une simple connexion frivole, une relation supplémentaire à celles que l’on nous dit essentielles : époux, enfants, parents. C’est de l’amour, du soutien, du salut, de la transformation, de la vie : c’est ce que donne une femme à une autre lorsqu’elles sont amies, une âme soeur. » – Emily Rapp.

Le Prieuré de l’Oranger et les relations entre femmes :

Le roman comporte une seule et unique histoire d’amour et celle-ci se déroule entre deux femmes. C’est déjà assez rare pour être souligné. Mais en plus, les relations qui se tissent entre les personnages féminins sont d’une grande importance tout au long du roman. Comme je le disais au début de l’article, nombreuses sont les femmes et ce sont leurs amitiés ou inimitiés qui font vivre le récit.
Le roman est ancré dans un féminisme nécessaire qu’on ressent jusque dans le coeur du roman. Un roman où l’on donne une voix aux femmes et donc du pouvoir.
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Cher.e.s auteurices/lecteurices, il sera inutile de venir vous défendre et disant « Oui mais moi… ». Oui, mais vous aussi. Vous qui acclamez encore ces auteurs, qui nous les conseillez (sans arrêt) sans imaginer la violence à laquelle nous serons confrontées pour la énième fois. Il y a de meilleurs moyens de créer du conflit que les oppressions et il est temps que vous le compreniez. Terminé vos « héroïnes » passives ou celles, fantômes, qui n’existent que pour quelques pages ou pour le désir des hommes.
Pourquoi est-il encore si peu normal de trouver des romans de fantasy où les femmes sont égales à l’homme ? Peut-être parce nous avons été trop longtemps exclu : « les femmes ne lisent pas de fantasy » disaient-ils. Nous sommes là, nous l’avons toujours été et nous n’accepterons plus les choses d’autrefois. Je vous conseille d’ailleurs de lire cet essai de l’autrice Samantha Shannon qui parle des limites que l’on impose à nos fantasy historiques.
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Je ne dis pas qu’un monde sexiste ou qu’une femme badass fait fondamentalement un mauvais récit. Je dis que pendant trop longtemps on nous a servi les mêmes bêtises (que ce soit intentionnel ou non). Les histoires de ces femmes qui ne vivent d’une façon ou d’une autre qu’à travers un système patriarcal qui ne leur laisse pas de place. Je tiens aussi à souligner que le féminisme ne peut exister sans inclusivité et que vos personnages (féminins ou non) n’ont pas tous à être blancs, hétéros, cis et valides.
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Vos personnages féminins n’ont pas à être parfaits, elles peuvent et doivent avoir des défauts, elles vont et doivent surmonter des obstacles pour grandir, changer comme nous le faisons toutes au quotidien. Ecrivez des reines, des guerrières, des prostituées, des poètes, des prêtresses, des chevalières, des fermières, des mères au foyer et des pirates. Ecrivez des femmes gentilles, des femmes ambitieuses, des femmes douces et écrivez les pires méchantes possibles. Donnez la place à ces femmes d’exister sans homme, des femmes qui ne se marieront jamais ou donnez-nous des mères prêtes à tout pour leurs enfants et des épouses qui iraient au bout du monde pour leur mari ou pour leur femme. Donnez-nous des personnages complexes qui sont plus que leur genre. Surtout, lisez des autrices et soutenez-les c’est elles qui changeront les choses.
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Je précise aussi que cet article n’a pas pour but de faire culpabiliser les lecteurices qui auraient apprécié les livres cités ci-dessus mais de mettre en lumière des pratiques encore trop courantes, trop banales. Si j’ai pris l’exemple du Prieuré de l’Oranger pour illustrer le parallèle entre roman sexiste et non-sexiste, il n’est évidemment pas le seul roman que j’aurais pu choisir. Je vous propose donc une liste de livres de fantasy non-sexistes :
  • Le chant des Cavalières de Jeanne Mariem Corrèze
  • Soeur Écarlate de Mark Lawrence
  • Chien du Haume de Justine Niogret
  • Véridienne de Chloé Chevalier
  • Les Faucons de Raverra de Melissa Caruso
  • La Terre Fracturée de N.K Jemisin
  • Royaume de vent et de colères de Jean-Laurent del Socorro

Merci à Cendrelion qui a co-écrit cet article avec moi, à @elo-goodbye et @adragoninspace pour l’avoir relu et à Mathilde pour m’avoir apporté les précisions historiques.

124 commentaires

  1. Grande amatrice de fantasy, j’avoue que je n’avais jamais vraiment fait attention a ça… Soit j’ai eu de la chance, soit peut-être juste l’habitude que de toute façon la femme servira d’objet d’une facon ou d’une autre –‘ Merci beaucoup en tout cas, je ferai plus attention !
    Je fais un mémoire sur les romans steampunk féminins, et ton article va beaucoup m’aider pour décoder certains clichés 🙂

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  2. Merci pour cet article !!
    Je découvre tout juste la fantasy et Le Prieuré de l’Oranger est en quelque sorte mon premier gros roman de fantasy alors il est vrai que j’ai moi même des standards en matières de sexisme et de représentation féminine! En revanche ton article m’a quand même permis d’ouvrir les yeux sur la représentation des femmes dans Shades of Magic, un roman que j’ai pourtant adoré. Lila Bard est un personnage féminin mais dotée d’attributs masculin et il est vrai que j’aurais peut être aimé lire une femme, sans qu’elle ait besoin d’agir à travers des attributs patriarcaux!

    Comme toujours tes articles sont géniaux, continue comme ça. 💕

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  3. Très surprise que « Les Femmes Ne Lisent Pas De Fantasy » soit une Opinion existant dans l’espace des opinions. Je croyais que « Les Femmes Lisent De La Fantasy, Les Hommes Lisent De La Science-Fiction » prévalait. On en apprend tous les jours !
    Cet article m’a donné envie de découvrir Le Prieuré de l’Oranger.

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  4. Je pense que les auteurs et autrices ne se rendent pas bien compte à quel point des personnages féminins mal écrits peuvent être dommageables pour eux. Quand j’étais ado j’ai découvert les bouquins des Eddings (la Belgariade, la Mallorée etc.) et je les ai tous achetés et dévorés au fil du temps. J’ai relu certains cycles plusieurs fois. Avec les années, je me suis rendue compte qu’il y avait toujours un petit truc qui me dérangeait mais je mettais pas le doigt dessus. Et lors de ma dernière relecture, j’ai capté que je supportais pas les personnages féminins. C’est très simple, lorsque ces dames se retrouvent, elles s’isolent pour « parler chiffon », sous le regard perplexe des hommes qui se jettent des « Les femmes, hein? On les comprend pas mais on peut pas vivre sans elles ». Polgara est écrite comme la femme la plus puissante au monde (c’est une sorcière), mais comme elle est « sage », elle n’aspire qu’à une vie tranquille et materne tout le monde, ses passe-temps favoris étant la cuisine et la cuisine. L’une des femmes les plus fortes et les plus belles du second cycle (mais de toute façon elles sont toutes belles, hein) tombe amoureuse d’un vieux sorcier laid, difforme et qui a très mauvais caractère, parce qu’il est magicien. Ah. Bref. Cette relecture a été la dernière, et je ne toucherai plus à ces livres (les personnages féminins ne sont pas le seul défaut du livre, mais j’imagine que pour l’époque, c’était de la bonne fantasy, quoiqu’un peu prévisible). Bien sûr, je les ai déjà achetés donc ça ne change rien pour les auteurs. Mais je ne les recommanderai pas. Et les auteurs et autrices de maintenant ont tout intérêt à se préoccuper de ce qu’on pense de leurs personnages, parce qu’avec les réseaux sociaux, les avis sur les bouquins se diffusent plus largement et rapidement qu’avant (les Eddings, c’était les années 1990-2000). Et avec tout le choix disponible, on se fie beaucoup aux recommandations des ami.e.s, des blogs et des chaînes YT pour se décider sur notre prochain achat, notre prochaine lecture. Aux auteurs et autrices de faire mieux, et à nous de soutenir celles et ceux qui font un vrai effort dans l’écriture de leurs personnages. C’est pour ça que ton blog est si précieux! Merci pour cet article.

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  5. Un excellent article, qui est réellement nécessaire et doit être lu par toustes les auteurices ! J’avais moi-même exprimé un soulagement quand j’ai lu que l’autrice du prieuré de l’oranger avait volontairement refusé de mettre de la violence sexuelle dans son roman : enfin un beau pavé de fantasy que je peux lire en paix !

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  6. Passionnant comme article et surtout révélateur. J’avais un roman de Katz (pas cité ici) dans ma PAL, mais je le vois d’un autre oeil maintenant. Je me rends compte que j’ai une majorité de livres écrits par des autrices dans ma bibliothèque, parce que même s’il reste du travail, je supporte de moins en moins des romans écrits par des hommes sur certains sujets. Le Prieuré de l’Oranger vaut le coup je pense, rien que pour la révolution qu’il apporte et son féminisme, j’ai encore plus hâte de le sortir de ma PAL ! Merci pour ton travail quotidien ! Il est temps que les choses changent aussi en littérature.

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  7. Merci poir cet article très intéressant !! Il donne des pistes d’analyse pour d’autres romans en plus (en le lisant j’ai pu identifier des défauts et des choses bien faites dans les salauds gentilshommes de scott lynch par exemple).
    Pour Gabriel Katz je suis d’accord, ses personnages féminins sont vraiment un grooos bémol à son oeuvre pour moi.
    Je suis au début de la lecture du Prieuré de l’oranger et les quelques trucs que tu révèles (notamment qu’il va y avoir de belles histoires d’amitié, I’m a sucker for good friendships) me donne vraiment envie de continuer !!!

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  8. Merci pour cet article très intéressant !! Il donne des pistes d’analyse pour d’autres romans en plus (en le lisant j’ai pu identifier des défauts et des choses bien faites dans les salauds gentilshommes de scott lynch par exemple).
    Pour Gabriel Katz je suis d’accord, ses personnages féminins sont vraiment un grooos bémol à son oeuvre pour moi.
    Je suis au début de la lecture du Prieuré de l’oranger et les quelques trucs que tu révèles (notamment qu’il va y avoir de belles histoires d’amitié, I’m a sucker for good friendships) me donne vraiment envie de continuer !!!

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  9. J’ai adoré ton article si vrai et qui met en lumière le sexisme constant dans la fantasy. Je t’avoue qu’à force d’en lire je n’y faisais même plus attention et ça c’est grave. En lisant les exemples que tu as cité j’ai décidé de me débarrasser des Pierre Pevel de ma PàL, et tu m’as aussi fait remarqué que, c’est vrai, dans SoM, Lila n’a aucune amie femme c’est tellement dommage.

    Merci pour tout ce que tu fais, bravo pour ton article génial (et à la personne qui l’a coécrit avec toi, + toutes les personnes qui t’ont aidé)

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    • En réponse à Emilie, il est dommage, je pense, de retirer Pevel de la PàL car si effectivement, les quelques descriptions de personnages féminins m’avaient dérangée (je n’ai lu que les romans du Paris des Merveilles), j’ai revérifié et le héros (masculin) a lui aussi droit à sa propre description physique (certes un poil moins sexuée, mais donnant aussi dans le détail physique, ce qui équilibre un peu la balance).

      Au delà de ça (toujours pour le Paris des Merveilles), les personnages féminins ont de beaux rôles, pas forcément dans l’ombre de leurs partenaires. Je trouve même que les productions récentes (le recueil de nouvelles et la BD les artilleuses) cherchent au contraire à sortir de ce travers (dans le recueil de nouvelles, la moitié des histoires ont pour personnages principaux des femmes, qui ne s’en laissent pas compter sans pour autant tomber dans la caricature et dans la BD, les personnages principaux sont trois femmes). Je pense que les extraits cités sont peut-être datés, et je trouve dommage de crucifier un auteur qui a visiblement réfléchi sur le sujet depuis.

      Et sinon, en autrice fantasy non sexiste, je citerais bien Christelle Dabos et sa passe-miroir, qui a su créer de chouettes persos féminins (Ophélie évidemment mais aussi sa tante ou Berenhilde, ou certains esprits de famille) !

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  10. Merci pour cet article ! Est-ce que vous avez lu la saga The Thief de Megan Whalen Turner ? Même si le personnage principal est un homme, je me souviens avoir beaucoup aimé les personnages féminins et l’intrigue (je me fais avoir à chaque livre lors du cliffhanger final) mais j’aimerais beaucoup avoir votre opinion ! Merci encore.

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  11. Waw.
    J’ai juste envie de te dire merci pour cet article. Je suis jeune autrice, j’ai déjà publié de la fantasy et… je suis tombée dans plusieurs des éléments que tu décris, sans vraiment m’en rendre compte. Surtout sur l’aspect souffrance des femmes et leurs relations avec les hommes. La lecture de ton article a été une claque assez violente à digérer mais qui est la cerise sur le gâteau d’une réflexion que je commençais déjà à avoir sur mon manque de maturité à l’époque où j’ai écrit ces deux sagas justement. Depuis j’ai évolué mais quand même.
    Du coup, je te dis merci, vraiment. Ce que tu as écrit là, c’est important.
    J’espère que beaucoup d’auteurs viendront te lire !

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  12. Article intéressant et qui met le doigt sur des problématiques réelles et le côté bas du front que peut prendre la Fantasy, parfois. Ces clichés (et d’autres qui m’horripilent autant) me font soupirer moi aussi.

    Toutefois, et c’est une vraie question, quelle est la différence entre une description sensuelle d’un corps féminin vue par une femme et sans homme aux alentours (le fameux female gaze dont vous parlez) et le même type de description faite à travers les yeux d’un homme ? En dehors de l’aspect représentatif, j’ai un peu de mal à comprendre.

    Je suis moins convaincu par la représentation uni-dimensionnelle qui serait faite des femmes en Fantasy. C’est comme pour tout, on a une pelletée de stéréotypes, mais on a aussi des partis-pris, à travers un ton ou les moeurs exposés, qui se justifient et qui ne méritent pas forcément d’être pointé du doigt. Après, je suis peut-être trop naïf.

    C’est trop souvent vrai, c’est (heureusement) parfois faux, la Fantasy est pétrie d’idées rances et déjà vues.

    Elle peut nous présenter, trop souvent, le cliché du jeune fermier qui devient le sauveur des mondes connus ou inconnus.
    Elle peut nous sortir 20 dérivés d’elfes et une demi-douzaine de déclinaisons de gobelins et de dragons.
    Et…elle sait très bien nous proposer des personnages féminins qui n’ont d’autre intérêt que s’enamouracher du héros et ravir les lecteurs de leur beauté décrite au travers de longs paragraphes…

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    • La différence entre le male gaze et le female gaze n’est pas qui raconte quoi. Un homme peut très bien créer du female gaze (ce qui est le cas avec Titanic par exemple) comme une femme peut créer du male gaze. Le male gaze c’est lorsque la femme est dans une scène pour le plaisir de l’homme, on parle de son physique, on la décrit de haut en bas. C’est toute une théorie que de nombreuses autrices ont bien mieux expliqué que moi, si ça vous intéresse, lisez les.

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  13. Merci pour ton article !
    J’adore la fantasy mais il y a toujours quelque chose qui me gêne, même dans les romans que j’adore plus que tout et, souvent, je me dis que de toute façon, je n’ai qu’à faire avec puisque, visiblement, les auteurs (et parfois les autrices aussi) n’ont pas l’intention de trop changer les choses (comme tu le soulignes, quand il y a un personnage féminin « badass », c’est souvent gâcher par les trop nombreuses descriptions sur son physique, par le fait qu’elle soit un love interest ou, si elle est la plus puissante du monde, le héros la surpassera quand même, etc.).
    J’ai lu « Le Prieuré de l’Oranger » et j’ai apprécié les personnages et leurs liens. Malheureusement, tout le roman n’est pas parfait et l’on se retrouve avec des relations homosexuelles qui terminent mal – dans le meilleur des cas : pas super bien. Si je comprends que les personnages ont leurs obligations, etc., j’aurais apprécié que la romance se déroule dans ce cas entre d’autres protagonistes, par exemple. En fait, c’est un exemple typique de « on peut faire tout ce que l’on veut en fantasy mais on va quand même calquer notre monde » (déjà, il semble que l’homosexualité soit mal vue partout, donc c’était effectivement mal barré pour qu’une histoire d’amour finisse bien). Bref, j’aurais beaucoup de choses à dire à ce sujet mais je n’ai pas le temps ce soir donc je résumerai ainsi : « Le Prieuré de l’Oranger » offre de super bons personnages féminins, de bonnes relations entre les femmes et les hommes, etc., mais il n’est pas parfait. Il y a encore un long chemin à parcourir mais, déjà, la diversité des protagonistes et les descriptions sont un très bon pas en avant.

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    • L’homosexualité dans le Prieuré n’est pas du tout mal vu. Elle est acceptée et on voit plusieurs couples au fil du roman. Le seul problème est quand deux personnes ne sont pas du même rang social (mais on voit là aussi que c’est un problème qu’on aussi les couples hétéro du livre). Je trouvais au contraire rafraîchissant que ce qui empêche Ead et Sabran ou Niclays et Jannart de ne pas être ensemble (même si au final ils ont tous un peu brisé cette règle) soient la même chose que pour n’importe quels autres couples.

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      • Pour les personnes qui liront ce commentaire, c’est full of spoilers, vous êtes prévenu·es.

        Je ne sais pas, j’ai trouvé que, sans pour autant être mal vu, il valait quand même mieux éviter de montrer son attirance pour une personne du même genre.
        Quant au rang social, cela ne concerne véritablement que Niclays et Jan ; cela pourrait effectivement impacter les choix de la reine mais, en vérité, qu’importe que ce soit un roturier ou un roi, là n’est pas l’important : la reine doit enfanter. Elle pourrait très bien épouser une reine (ou impératrice) et avoir un concubin mais, non, il faut que ce soit un homme avant tout. Et quand, finalement, elle ne peut plus enfanter, elle est tout de même obligée de garder une certaine image. Il faut attendre la toute fin pour qu’elle puisse vivre son amour avec Ead mais cela s’avère impossible à réaliser
        En fait, ce qui m’ennuie, c’est qu’on a l’occasion, pour une fois, d’avoir des couples homosexuels sur le devant de la scène (pas juste des ami·es du héros ou de l’héroïne, pas juste des couples dans le fond de la scène). Pour une fois, ce pourraient être les stars du récit et, sur les deux couples, l’un des deux pourraient avoir une belle histoire qui se finit bien. Alors oui, la fin est ouverte pour Ead et Sabran mais attendre dix ans avant de se mettre vraiment ensemble ? C’est une fin mi-figue mi-raisin (encore faut-il que l’imaginaire des lecteurices choisisse l’option « leur couple et leur passion vont tenir jusque là même en se voyant peu »). Parce que, quand même, quand on y regarde bien, on constate que c’est assez récent qu’il y ait des couples gays et lesbiens en persos principaux de romans et dont la romance se termine bien. Alors oui, je suis peut-être une « vieille » aigrie mais quand je vois les représentations avec lesquelles j’ai grandi et ce qui se fait maintenant, eh bien je suis déçue que, dans « Le Prieuré de l’Oranger », ce soit si timoré. Enfin bon, on ne va pas réécrire le roman, c’est comme ça.

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      • J’ai peut-être la chance de ne baigner que dans la littérature LGBTQ+ alors je suis moins frustrée lorsque dans un roman les couples LGBTQ+ n’ont pas forcément de fins heureuses. Je ne pense pas que le problème vienne du roman (surtout qu’il a été écrit par une autrice queer) mais du manque de représentations dans la littérature en France.

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      • Je ne pense pas qu’il y ait un manque de représentations en général mais plutôt un manque dans de grosses ME, un manque dans des genres particuliers (il y en a beaucoup en littérature jeunesse, par exemple, alors qu’en SF…). Par exemple, il y a les romans de Lizzie Crowdagger que j’adore mais les éditions « Dans nos histoires » ne sont pas très connues.

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      • Beaucoup en littérature jeunesse ? Pas vraiment, non. Il est toujours impossible de trouver un roman jeunesse sur l’asexualité, l’aromantisme, trop peu de romans jeunesses sans histoire tragique. Je pense vraiment que le manque de représentation est général.

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      • Asexualité et aromantisme, totalement d’accord, hors manga, ça doit se compter sur les doigts d’une main, mais pour ce qui est questions de genre, d’identités…, il y a eu comme un boum il y deux ou trois ans. Bien sûr que ça reste minoritaire, hélas, toutefois on peu noter par exemple les romans de Cat Clarke qui ont du succès.
        Et donc, là où on se rejoint, c’est le côté effectivement plutôt tragique des histoires (et je trouve que ça l’est justement, dans « Le Prieuré de l’Oranger », quoique « tragique » soit un peu fort – c’est peut-être une question de sensibilité aussi) même si, je trouve, ça a globalement tendance à être de moins en moins tragique dans les nouvelles publications – la route est longue, cela dit.
        Du coup, toi qui ne baignes que dans la littérature LGBTQ+, quels livres conseilles-tu, en général ? Genre ton top 5 (pas forcément en fantasy, vraiment ton top 5 avec des perso queer, comme on parle de cela).

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      • Si on parle de romans en français, je dirais :

        – Les dieux du tango de Caroline de Robertis
        – Les sept maris d’Evelyn Hugo de Taylor Jenkins Reid
        – Les filles de nulle part d’Amy Reed
        – PS : Tu me manques de Jen Petro-Roy
        – Silence Radio d’Alice Oseman

        Je ne peux pas m’empêcher de conseiller aussi : Si loin de toi de Tess Sharpe, Mes vrais enfants de Jo Walton et Si loin de l’arbre de Robin Benway.

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      • En français, ça m’arrange effectivement (je lis en anglais mais tellement plus lentement et ça me fatigue – trop de concentration). Merci pour ta sélection ! Je n’ai lu que le roman d’Amy Reed – terrifiant. J’avais déjà lu le résumé de « Silence radio », ça faisait très romance clichée – comme quoi ! (Oui, je suis allée lire quelques chroniques, du coup) ; « Les dieux du tango », je n’en avais jamais entendu parler mais il a l’air super, merci !
        Les romans de Jo Walton sont géniaux ❤ (objectivité : zéro)

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      • Silence Radio n’est pas du tout une romance et c’est hyper rafraîchissant comme lecture adolescente !
        Je n’ai jamais lu d’autres romans de Jo Walton malgré tout ceux que j’ai dans ma bibliothèque mais j’ai hâte de la découvrir plus !

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  14. Article intéressant. Je te conseille Manon Fargetton et sa duologie Ombre où les femmes sont mises en avant. Je pense aussi à la trilogie de Dark Fantasy Terre de héros de Richard Morgan. Archeth est un personnage secondaire, c’est une femme noire et lesbienne ou bi, ce n’est jamais écrit en fait, on finit juste par comprendre ses sentiments envers une autre femme. En revanche, je crois que c’est la seule femme guerrière, mais elle est très amie avec les deux autres personnages masculins, dont le protagoniste qui est gay.

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  15. Merci beaucoup pour cet article immensément intéressant (qui résonne d’autant plus pour moi que je suis plongée dans « Le Prieuré de l’oranger » et très sensible aux portraits d’Ead et de Sabran). Cela m’aide beaucoup à réfléchir sur mes propres écrits. Je viens de publier mon premier roman et une blogueuse m’a indiqué que mes personnages n’échappaient pas complètement à ce sexisme inhérent à une bonne partie de la fantasy – ce qui m’a fait énormément culpabiliser. J’y ai beaucoup pensé depuis et ton article m’aide à y voir plus clair. Encore merci !

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    • Je suis contente que l’article t’ai aidé ! Je suis aussi passée par une phase où je découvrais avec horreur le sexisme que j’avais fait subir à mes héroïnes mais ce sont des schémas tellement ancrés, qu’on apprend tellement tôt qu’il est dur de s’en défaire au début. Il ne faut pas avoir honte mais savoir les délaisser pour de meilleurs écrits !

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  16. Je ne suis pas étonnée que le sexisme, le racisme, etc. se retrouvent dans la fantasy. Certes, on invente de nouveaux mondes mais on fabrique toujours à partir de ce que l’on est et des normes que l’on connaît. C’est en s’intéressant à d’autres cultures et à d’autres époques que l’on peut sortir quelque chose de vraiment « nouveau » (je mets des guillemets car écrit des histoires depuis plus de 2 000 ans donc on a tout fait !).

    Par contre à vrai dire je ne vois pas trop le problème dans la description de la fée par Pevel. Oui, il y a « joli petit derrière » mais peut-être est-ce la vision du personnage. Le reste me semble justifié et j’aime beaucoup l’image de la lumière façonnée. Je pense qu’à vouloir tout « normaliser » il faut faire attention à ne pas tomber dans l’effet inverse qui serait de ne plus jamais parler des physiques de femmes ou de ce que leur physique produit chez les personnages masculins. Parce que oui, des hommes qui reluquent les femmes, il y en a. Alors bien sûr, il ne faut tomber dans aucun extrême, mais il ne faut pas non plus tout lissé et tout aseptiser (c’est pas le mot que je cherche mais je m’en contenterais). En plus, c’est pas si facile de sortir de son mode de pensée (à la rédaction de mon roman je me suis prise plusieurs fois à tomber dans des clichés des filles silencieuses et des garçons volontaires, par exemple, dans des morceaux de phrases, alors même que je tends à démontrer le contraire). Et puis il faut voir aussi que l’on a tous des sensibilités différentes et des féminismes différents et que du coup ce qu’un auteur pense être du féminisme ou en tout cas quelque chose de non-misogyne, un lecteur ne le ressentira pas de cette manière. Ce qui fait que par exemple, quand j’aurais fini mon roman et que je le passerai en bêta-lecture, peut-être que des bêta-lecteurs me diront qu’il n’y a pas assez de personnages féminins, qu’on ne les voit pas beaucoup, que c’est encore un monde patriarcal, etc. alors que moi je pense que certes il n’y a pas beaucoup de personnages féminins (développés) mais ils ont des caractères et des rôles dans l’histoire suffisamment différenciés, par exemple, et pas que dans le soin des autres, l’aide aveugle au héros, etc.

    En tout cas, j’ai trouvé ton article très intéressant ! Je n’ai lu aucun des livres que tu cites mais je ne pense pas que leurs lecteurs seront blessés de les voir cités car tu t’exprimes clairement et sans violence (ce qui n’est pas toujours le cas quand on parle de revendications féministes, malheureusement) 🙂

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    • Je comprends ce que tu veux dire mais quel est l’intérêt à ce moment-ci de décrire les fesses de cette fée si ce n’est pour le fantasme (de l’auteur et du lecteur) ?
      (Dénigrer un certain type de féministes pour en prôner d’autres là non plus ce n’est pas du féminisme. Dommage, tu y étais presque !)

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      • Hmm oui je vois, c’est vrai que ça vient un peu comme un cheveu sur la soupe.
        Je ne pense pas avoir dénigré mais simplement fait part de mon désaccord sur la méthode violente… ce n’est pas parce qu’on n’est pas d’accord que l’on dénigre, méprise, ou rabaisse… dommage que la discussion prenne cette tournure… je te souhaite une bonne continuation, peut-être que je repasserais par ici de temps en temps si d’autres articles attisent ma curiosité ! Sans rancune ! (je dis pas ça ironiquement, je suis sérieuse)

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  17. L’autrice de Fantasy en moi pleure de joie devant cet article, moi qui suis une ou deux fois passée pour une « chieuse » en informant mes collègues de leurs biais sexistes. Merci, vraiment, merci.

    Ceci dit je voudrais rajouter d’autres livres à ta liste finale, je peux ?
    – l’intégralité de la biblio d’Estelle Faye, déjà, où non seulement les persos féminins tiennent toutes sortes de rôles, mais où les persos masculins se retrouvent AUSSI dans des rôles « traditionnellement féminins ».
    – la pentalogie « les Dieux sauvages » de Lionel Davoust, dont l’héroïne marque plus par le fait qu’elle s’engueule continuellement avec la divinité locale que par sa plastique (d’ailleurs elle n’est pas « canon »)
    – la biblio de Laini Taylor, une autrice américaine certes, mais qui gère grave des persos féminins à la fois « girly » et ULTRA BADASS sans que ça paraisse incompatible une seconde, mais aussi encore une fois avec des persos masculins qui valent le coup et ne rentrent PAS dans le « male gaze »…
    – et mon « Dans l’Ombre de Paris » où l’héroïne (racisée) est justement coincée dans les règles d’un monde utra sexiste et va partir de (très) loin pour s’en libérer. Avec entre autres l’aide d’autres femmes et de personnes LGBT.

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      • Je peux comprendre qu’on aime pas tel ou tel auteur/autrice ^^ (moi je suis fan)
        ceci dit l’engagement féministe d’Estelle et le fait que ses bouquins aient un clair propos à ce sujet aurait pu rallonger un peu la liste… et nous faire un peu moins désespérer ^^’
        Oh, et j’ai oublié Elen Kushner et ses romans comme « à la pointe de l’épée », ouvertement féministo-LGBT aussi ^^
        Bref, pas mal d’auteurs et d’autrices, de plus en plus, s’engagent à fond et sont très conscients du problème. Si j’ai tenu à citer ces titres, c’est justement parce que les choses sont en train d’évoluer et que donner de la visibilité à celles et ceux qui s’engagent ouvertement sur le sujet pour faire bouger les choses, c’est aussi annoncer aux éditeurs que OUI, ça fait vendre et que donc OUI il faut leur donner de l’espace et communiquer là-dessus, pour que les bouquins qui restent sur les vieux poncifs pourris perdent en vitesse et qu’ils deviennent, non plus la norme, mais l’exception.

        I do believe, et c’est ce genre d’article comme celui que tu as écrit qui fait avancer les choses !

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  18. Bonjour ! Merci pour cet article, ça remet les pendules à l’heure !
    Moi qui voulait lire du Gabriel Katz… on va plutôt aller vers le Prieuré dans ce cas !
    Concernant Gagner la Guerre (j’ai beaucoup aimé donc je me sens un peu obligé de le défendre…) , le narrateur est quand même un salopard explicite, un tueur qui baigne dans une culture machiste… son regard est biaisé et je pense qu’il serait une erreur de confondre son point de vue et celui de l’auteur.
    Ceci dit, le manque de conséquence suivant l’acte dont tu parles est dérangeant, alors comme d’hab’ soit on interprète ça en mode : la souffrance des femmes est tue et c’est pas bien ; ou alors : la souffrance des femmes est ignorée, car c’est justement ce qui se passe dans une société patriarcale… du coup le roman traduit cet état de fait dramatique, et n’enjolive pas la violence des rapports… il y a des arguments d’un côté comme de l’autre.

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  19. En réponse à Emilie, il est dommage, je pense, de retirer Pevel de la PàL car si effectivement, les quelques descriptions de personnages féminins m’avaient dérangée (je n’ai lu que les romans du Paris des Merveilles), j’ai revérifié et le héros (masculin) a lui aussi droit à sa propre description physique (certes un poil moins sexuée, mais donnant aussi dans le détail physique, ce qui équilibre un peu la balance).

    Au delà de ça (toujours pour le Paris des Merveilles), les personnages féminins ont de beaux rôles, pas forcément dans l’ombre de leurs partenaires. Je trouve même que les productions récentes (le recueil de nouvelles et la BD les artilleuses) cherchent au contraire à sortir de ce travers (dans le recueil de nouvelles, la moitié des histoires ont pour personnages principaux des femmes, qui ne s’en laissent pas compter sans pour autant tomber dans la caricature et dans la BD, les personnages principaux sont trois femmes). Je pense que les extraits cités sont peut-être datés, et je trouve dommage de crucifier un auteur qui a visiblement réfléchi sur le sujet depuis.

    Et sinon, en autrice fantasy non sexiste, je citerais bien Christelle Dabos et sa passe-miroir, qui a su créer de chouettes persos féminins (Ophélie évidemment mais aussi sa tante ou Berenhilde, ou certains esprits de famille) !

    Merci beaucoup pour l’article très instructif !

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  20. Bonjour, je viens de lire votre article, qui tombe à pic puisque par un heureux hasard je viens de me procurer le prieuré de l’oranger…au vu de votre témoignage, il me tarde encore plus de le lire !
    Je me permet d’ajouter (peut-être cela a-t-il déjà été fait) à votre liste les royaumes de tobin où la place et l’importance des femmes dans l’histoire, comme dans l’univers, sont, là aussi, très rafraîchissants.
    Bonne journée ^^

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  21. Merci pour cet article. Je suis en train de faire le même constat que toi et mes dernières lectures de Pevel m’ont assez agacée. J’ai réfléchi à quelques livres de fantasy que je ne trouvais pas sexiste… ah ben tiens, bizarre, ce sont tous des livres écrits par des autrices !! Dingue…

    Je pense au royaume de Tobin, qui parle d’un trône matriarcal conquis par des hommes. A la naissance de l’héritière, on la cache par magie dans le corps d’un homme alors qu’elle est une femme, pour éviter que l’usurpateur la tue. Elle est élevée dans le corps d’un homme sans savoir qu’elle est une fille. C’est toute une quête d’identité et de genre. Je n’ai pas lu la saga jusqu’au bout (la série était en cours de parution quand je l’avais commencé, je devrais m’y remettre maintenant), mais j’aime bcp la thématique. Est-ce que quelq’un l’a lu jusqu’au bout ?

    Merci pour les titres, ça me fera du bien de relire de la fantasy sans grincer des dents. Et les scènes de viol… ça me fait penser à « les piliers de la terre », avec une scène qui me fait frissonner 😦

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  22. Tout ça est malheureusement tellement vrai… Je suis totalement d’accord avec ton analyse, les femmes sont souvent soit la femme dont le héro sera amoureux, soit une meuf « badass » qui est forte, mais toujours physiquement irréprochable et sans aucun sentiments. C’est LASSANT.
    Les descriptions de 2 pages qui décrivent chaque pore de la peau des femme pendant que je me demande encore quel âge a le héro principal, je n’en peux plus.

    Sinon j’ajoute ma pierre à l’édifice en conseillant L’anti-Magicien ou la passe-miroir !

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  23. Un article ultra passionnant et qui ouvre les yeux ! Je crois que je ne lirais plus jamais de livres fantasy de la même façon. Merci ! Je vais me mettre à analyser chaque lecture ! Tu as lu Métamorphoses de Samantha Bailly ?

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  24. J’ai commencé Les Dieux Sauvages de Davoust et ça semble pour le moment éviter pas mal de clichés sexistes, avec de beaux personnages féminins au démarrage.
    Wyld 2 est absolument génial, avec comme personnage principal une jeune femme homosexuelle et non sexualisée, ainsi que d’autres superbes personnages féminins et de belles amitiés femmes/hommes.
    Comme cité plus haut également, Le Royaume de Tobin avec tout un questionnement autour du genre du personnage principal.
    Sinon ben du Catherine Dufour, avec son Danse avec les Lutins.
    La Passe-Miroir a déjà été citée aussi, avec des persos féminins magnifiques.
    Chez Robin Hobb dans Les Aventuriers de la Mer, je ne sais plus à quel point les persos féminins sont sexualisés ou non, mais les personnages principaux sont majoritairement des femmes, elles sont toutes très différentes et ont de superbes évolutions en apprenant à s’affirmer dans une société plutôt sexiste et patriarcale (les femmes Vestrit sont superbes).
    Terry Pratchett, dans son Disque-Monde, tout ce qui concerne les trois sorcières notamment, avec une magnifique amitié entre ces trois femmes.
    Sinon globalement d’accord avec toi, en fait dans l’absolu j’adore des bouquins comme Gagner la Guerre de Jaworski etc… Ce qui est dérangeant pour moi n’est pas tant que ces livres existent, mais qu’il n’y ait pas + de contrepoids au niveau de la production littéraire.

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  25. Excellent article, merci beaucoup d’écrire ce que nous sommes nombreuses à penser tout bas. Le fantasy, comme tout le reste, souffre encore trop du sexisme. Je vais me faire un plaisir d’ajouter toutes tes recommendations dans ma pile à lire, principalement le prieuré de l’oranger qui m’a l’air incroyable.
    J’aimerai ajouter ma propre recommendation : les aventuriers de la mer de Robin Hobb (une autrice), l’un des cycles de l’assassin royal mais qui peut se lire indépendamment. Cette saga n’est certes pas parfaite, il y a notamment la menace du viol qui pèse sur la majorité des personnages féminins mais le sexisme de l’univers est, de mémoire, toujours dénoncé. Et l’avantage du cycle je pense est l’enchaînement des points de vues qui permettent de mettre en valeur de nombreuses femmes, toutes aussi différentes les unes des autres, qui vivent leur féminité et leur place dans la société à leur manière, et d’âge différent. Niveau diversité je ne me rappelle plus bien, il y a en tout cas une femme non cis, mais on le saisit mal sans lire l’assassin royal (c’est le seul personnage commun aux deux cycles)

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      • Ce que je trouve génial aussi chez Robin Hobb c’est que j’y ai trouvé le premier personnage agenre de la littérature fantastique (je spoile un peu, mais ça devrait aller). Des histoires d’amour qui transcendent le genre, liant amitié, amour et autre chose, c’est plutôt rare. Les personnages féminins sont tous très bien décrits, peu sur leur physique, mais très diversifiés, entre des personnages hyper indépendants, d’autres qui se sacrifient pour leur devoir, une autre qui évolue de petite gamine prétentieuse en jeune femme mature qui prend son destin en main, une femme qui est cheffe de la garde et des femmes soldates (sans être plus développée que ça, mais pour moi avoir plein de personnages secondaires féminins montre une vraie égalité) etc.
        Dans les aventuriers de la mer, le côté sexiste est plus mis en avant, mais c’est très intéressant car on a d’un côté une société égalitaire qui est acculturée par une société sexiste et on a ce choc des cultures. Là, il y a des exemples de violences sexuelles assez fortes (ce qu’on ne retrouve pas dans l’assassin royal), mais elles s’en sortent sans passer par la case « revanche et vengeance » et sans qu’un homme se venge pour elle.

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  26. Merci beaucoup pour cet article ! Vous mettez le doigt sur quelque chose qui m’a toujours gêné, notamment autour des descriptions des femmes (qui sont toujours très belles étrangement) ou du recours à la menace du viol à tout bout de champs. J’ai toujours eu cette impression que le roman n’avait pas vraiment écrit pour moi et me remettait plus ou moins à la place d’objet dont le physique pouvait être commenté à loisir parce que c’est mon lot de femme. Pourtant ce sont des romans que j’ai appréciés souvent, je ne pense que les auteurs fassent du sexisme de manière consciente mais plus parce que c’est tellement ancré que finalement c’est compliqué de lutter contre ses propres biais. Mais une fois les biais dépassés, les textes pourraient devenir tellement plus inclusifs, c’est important le travail que vous faites 🙂

    En tout cas c’est très intéressant d’avoir un article plutôt poussé sur le sujet, continuez ce superbe travail !

    (D’ailleurs je suis en train de lire Les poisons de Katharz d’Audrey Alwett, qui se moque de certains poncifs sexistes de la fantasy, si vous cherchez de la fantasy sans sexisme)

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  27. Très bon article, ça me fait beaucoup penser au jeu de rôle médiéval fantastique d’ailleurs. Dans beaucoup d’univers, le monde médiéval étant la base d’inspiration, le jeu se trouve vite limité par les aspects race/genre/classe, particulièrement genre faut le dire. En ce moment j’ai une table de joueureuses avec zéro mec cis, et personne est hétéro (on à même pas fait exprès) et c’est un truc qui est revenu beaucoup entre nous : est-ce que le sexisme est nécessaire pour vivre un jeu de rôle intéressant ? Très vite on en est arrivé au fait que non, et je peine à trouver des maîtres du jeu qui rejoignent le même avis. Et je pense que c’est dû aux œuvres de fantasy sexistes et qui souffrent du male gaze, vu que le jeu de rôle s’inspire directement de la littérature fantasy (et que 90% des joueurs et maîtres du jeu de jeu de rôle sont des hommes). Merci encore pour l’article, de belles mise en perspectives à faire/

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  28. Bonjour,
    J’ai trouvé votre article très intéressant, riche et bien construit.
    Je n’ai pas grand chose de plus à ajouter, mais je voulais souligner par un commentaire mon intérêt pour votre article et vous encourager.

    Merci pour ce partage !

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  29. Votre article a le mérite de rappeler les clichés les plus sexistes dont souffre la fantasy, y compris ce dont je n’avais pas forcément conscience, chez des auteurs encore très contemporains.
    Cependant, si votre but est évidement de défendre une thèse, Katz, Pével et Bordage ne constituent heureusement pas l’ensemble de la production de fantasy, même française… Je pense pourvoir dire sans me tromper que Pierre Bottero a bien mieux vendu que ces derniers, et on aurait bien du mal à illustrer votre article avec son cycle d’Ewilan. J’ose aussi croire que les choses iront de mieux en mieux et que la jeune génération d’auteurs a pris conscience des biais d’écriture que vous soulignez.
    Vous pourriez – si vous le souhaitez – nuancer un peu le propos (mais cela ne le servirait pas forcément) en prenant d’autres exemples moins caricaturaux, notamment de personnages féminins qui ne sont ni des potiches, ni des objets sexuels (chez Tanith Lee, Robin Hobb, Eddings Abercrombie, même chez George R. R. Martin) et en rappelant que, contrairement à la SF, la fantasy est aussi, et depuis longtemps, un espace d’expression pour les autrices. D’ailleurs, au XXIe siècle, le World Fantasy Award a été décerné autant de fois à des femmes qu’à des hommes (douze de chaque… oui, il y a des exæquos). Sur la même période, le Mythopoeic Fantasy Award a été remporté par seize femmes et trois hommes. J’ose donc penser que nous sommes sur la bonne voie.
    Ce n’est que mon propre ressenti et nous n’avons pas forcément lu les mêmes ouvrages (en fait, sur les quatre auteurs que vous citez dans votre article, je n’ai lu que Jaworsky et, à ma grande honte, je ne me souviens pas de la scène du viol).
    Je vous invite pour finir à découvrir les livres de deux autrices de fantasy que je trouve injustement oubliées ou méconnues : Les Fantômes d’Ombria de Patricia A. McKillip et Les brigands de la foret de Skule de Kerstin Ekman.

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      • Ah. Je n’ai pas compris alors.
        Votre « je ne lirai plus la fantasy comme avant » est évidemment un cri tout en nuances et sans généralisation !

        Je dirais quant à moi qu’alors que la fantasy constitue un espace d’expression déjà ancien pour de nombreuses et de très bonnes autrices, alors qu’il y a pleins de romans de fantasy non sexistes et qui se vendent très bien, on trouve encore des clichés sexistes dans des ouvrages de fantasy très contemporains (là je mets votre article, c’est à mon sens en cela qu’il est pertinent).

        C’est nuancé, ça met d’autant plus en valeur l’incongruité de la persistance des clichés sexistes dans certains ouvrage de fantasy, on ne peut pas m’accuser d’être partial et nous sommes d’accord !
        Le Prieuré est sur ma PAL. Je me ferai ma propre idée pour l’avant et l’après.

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  30. Merci beaucoup pour cet article. Avec les exemples, c’est encore plus frappant. Clairement, il y a des textes qui ne sont plus lisibles aujourd’hui – et c’est tant mieux. La scène de viol de Jaworski est infecte. Et ce qui me frappe (Pevel en particulier) c’est à quel point c’est mal écrit, en plus !!
    Je trouve personnellement que Guy Gabriel Kay offre un traitement des femmes, des hommes et de leurs relations extrêmement ouvert et apaisé.
    Bonne continuation à toi,
    P.

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  31. Merci pour cet article ^^
    C’est intéressant d’avoir aussi un point de vue extérieur (ie de quelqu’un qui lit peu de fantasy). J’avoue que j’en lis peu moi même. J’en lisais ado, mais je me suis lassée, à cause du sexisme et à cause d’autres facteurs qui font que je me retrouve plus dans la SF, maintenant.
    Toujours est-il, s’il m’est permis d’ajouter ma pierre à l’édifice : j’ai écrit récemment un article qui analyse en détail un livre de fantasy avec une représentation de personnage féminin particulièrement délétère (plus sur le jugement qui est porté à sa sexualité que sur les descriptions physiques)
    Pour être honnête, je ne sais pas si j’en conseil la lecture, puisque ce n’est pas plaisant, mais au cas où cela pique la curiosité : http://evadserves.ovh/index.php/2019/12/10/les-mots-qui-blessent/

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  32. Ah si seulement c’était qu’en Fantasy… il y aurait l’excuse « vision masculine » mais on peut y ajouter n’importe quel genre. En romance contemporaine, paranormale, en urban fantasy, il y a exactement ces mêmes problèmes : le rôle des femmes est limité, on rabaisse une tierce pour valoriser sa propre héroïne, elles sont quasi toutes maternelles… combien d’héroïnes diront qu’elles ne veulent pas enfanter ? le non qui devient un oui en faite… il y a une culture du viol dans la littérature en général, car elle même est trop ancrée dans notre société.

    La seule différence on la retrouve dans la description des corps, ce seront les hommes qui seront objetisés, mais comme c’est majoritairement écrit par des femmes pour des femmes, le fantasme est forcément différent.

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  33. Je suis surpris que tu ne parles pas des
    contes de Terremer
    de Ursula K. LeGuin
    et plus particulièrement de
    Tehanu
    qui aborde précisément cet aspect de la fantasy.
    Je te le(s) conseille.
    Dav

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    • Je suis en train de finir le 3e volet de Terremer d’Ursula Le Guin… C’est HYPER sexiste, les femmes sont dénigrées de manière appuyée et à de nombreuses reprises, notamment dans le 1er volet où on explique bien que seuls les hommes peuvent pratiquer la vraie magie quand les femmes ne font que des potions à deux balles, les femmes sont exclues de l’école des mages, etc. Les femmes sont carrément absentes du 3e volet, sauf en toile de fond (les 3 femmes du roi des mer, la méchante femme de l’aubergiste, l’ex-sorcière folle… aucun personnage féminin un tant soit peu positif).
      Je suis d’autant plus déçue que j’avais lu La Main Gauche de la Nuit du même auteur, écrit antérieurement, et qui, sans éviter quelques cliqués sexistes, explore le genre de manière très intéressante et est assez en avance sur son temps. Je recommande d’ailleurs chaudement ce dernier livre, magnifique.

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  34. Merci pour l’article ! Je me permet de signaler le titre « Fendragon » de Barbara Hambly, qui à mes yeux le meilleur roman de Fantasy que je n’ai jamais lu. Au fur à mesure de la lecture, on découvre que c’est la compagne du héros (pas si archétype que ça puisque c’est plutôt un anti-héros) qui est le personnage principal. J’espère ne pas me tromper (malgré ma vision masculine) sur ce titre qui mériterait sans doute sa place dans la liste à la fin de l’article.

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  35. L’article est assez long, dense et intéressant, ce qui change agréablement de ce que je lis régulièrement dans les sphères littéraires sur le net, et il a le mérite de soulever un aspect très important de la fantasy, toujours évoqué, mais jamais assimilé. C’est vrai que l’écriture est mécaniquement sexiste à cause de plein d’éléments sur lesquels vous revenez de façon assez juste.

    Pour ma part, bien qu’étant un mec cis-hétéro, je suis assez conscient des questions de genre, de minorités ethniques et sexuelles, d’une part grâce aux nombreux échanges que j’ai pu avoir dans mon entourage depuis des années, mais aussi logiquement par ma personnalité et mon vécu personnel – je suis asexuel, introverti, rationnel et ne corresponds pas à la construction sociale du mec fort, viril, instinctif et expansif (voire dominateur) dans toutes ses interactions avec le monde. C’est un peu comme si ma personnalité m’avait naturellement préparé à assimiler l’évolution nécessaire vers plus d’égalité entre les individus.
    Et malgré ça, j’ai jamais perçu Chandelle comme un élément de sexisme chez Pevel (mon auteur préféré au demeurant). Elle est décrite de manière sensuelle, mais dans la même trilogie, ce n’est pas le cas chez les autres personnages féminins, assez nombreux d’ailleurs. Comme quoi, faut toujours savoir se remettre en question et votre article permet ça.

    D’ailleurs, y’a quelques années, une amie m’a ouvert les yeux sur la série L’agent des ombres de Michel Robert (dont j’ai lu les trois premiers tomes). J’avais jamais réalisé que le personnage principal, comme elle me l’a dit, fait de chaque personnage féminin qu’il croise une « conquête » sexuelle. J’ai lu le premier volume de la série y’a un bail, je l’ai en majeure partie oublié, mais y’a un duo de femmes (assez cliché, une guerrière et une « prêtresse ») qui sont en couple, je crois, et j’avais oublié qu’elles faisaient l’objet de sexualisation (inutile donc).

    Bref, merci pour cet article et merci pour les très nombreuses références que, maintenant, je vais savoir reconnaître et éviter ou, au contraire, découvrir.
    Oh, et puis un dernier détail, parce que j’ai déjà vu cette erreur des centaines de fois et elle m’épuise dès que je la croise : on écrit piédestal, pas pied d’Estale. Merci ^^

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  36. Tout à fait d’accord. Le « problème » c’est que souvent la fantaisie est écrite par des hommes (potentiellement pour des hommes) qui on baignait dans cette culture de la femme mère/ faire valoir … Attention sans généralisation bien que l’article le démontre aussi. Mais malheureusement, c’est souvent le cas… Et ça donne une image de la femme pas terrible. J’ai toujours peur quand je commence un roman (quelque soit le genre) écrit par un homme avec une femme pour héroïne, d’ailleurs. J’ai été heureuse en lisant Le prieuré de l’oranger, car enfin, pas de femme potiche en fantaisie, et les certains hommes étaient décris de façon assez nouvelle, sans pour autant être émasculés (oui le grand mot qui fait peur).
    Je ne sais pas si tu as vu sur twitter la polémique sur les femmes guerrières en fantaisie… comme quoi c’était pas crédible… Heureusement, le monsieur l’origine de ce tweet s’est fait recadrer 😉 Et par des hommes qui plus est. Tout n’est pas perdu 😉

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  37. En fantasy non-sexiste (pour ne pas dire féministe) paru très récemment, on peut citer également La Complainte de Foranza de Sara Doke (ed. Leha). Et à paraître prochainement, Rouge de Pascaline Nolot (ed. Gulfstream).

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  38. Merci pour cet article !! Arrivée au lycée j’avais quasi arrêté de lire de la Fantasy, j’étais vraiment lassée du caractère répétitif des intrigues, et puis les personnages féminins… (dans la littérature jeunesse c’est peut être un poil différent ? Comme la sexualisation est moins présente, plus de personnages féminins principaux, même si ça échappe pas à tous les écueils).

    En lisant l’article j’ai percuté en quoi ça avait été aussi facile de faire passer Gane of Thrones pour une saga féministes, malgré la récurrences des violences sexuelles. Quand on voit d’où on part, multiplier les personnages féminins avec des caractères et des objectifs différents, ça peut sembler suffire au premier abord vu les standards !

    En tout cas ça me donne envie de relire de la fantasy, en choisissant soigneusement 🙂

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