[INTERVIEW] Q&A avec Samantha Shannon//Q&A with Samantha Shannon (FR/ENG)

Vous le savez sûrement maintenant mais Le Prieuré de l’Oranger a été ma lecture favorite de l’année 2019 et je remercie Samantha qui a gentillement répondu à mes questions !

Est-ce que tu as des rituels d’écriture ?

Le matin, je vais me promener en ville pour me réveiller et aller chercher tout ce dont j’ai besoin dans les magasins. Je vis dans une partie rurale de Londres où il y a beaucoup de nature pour m’inspirer. Je commence à écrire environ une heure plus tard et je travaille 8 à 9 heures par jour, même si cela peut augmenter considérablement lorsque j’ai un délai serré, jusqu’à 17 heures par jour. (J’avais l’habitude de pouvoir faire des nuits blanches, mais maintenant j’ai besoin de mon sommeil !) Je travaille mieux le soir. Habituellement, j’écris dans mon appartement, mais j’ai souvent besoin de changer de décor. Je vais donc écrire dans un café ou à la British Library, parfois avec des amis.

Cette année, j’ai pris une résolution introduisant un « week-end » dans ma routine. En tant que freelance, je me suis souvent sentie coupable lorsque je prenais du temps pour moi, mais je me suis rendue compte que le fait de ne pas prendre de pause avait un impact négatif sur ma productivité. Maintenant, je prends les jeudis pour rattraper mon retard sur les choses administratifs, les réseaux sociaux, pour décompresser et travailler sur des projets d’écriture moins urgents. Je me sens déjà en meilleure santé et je travaille plus dur et mieux les six autres jours de la semaine.

Le Prieuré de l’Oranger est une réécriture du conte de St George et le Dragon. Quelle a été ta première rencontre avec cette légende et qu’est-ce qui t’a poussé à écrire dessus ?

J’ai rencontré pour la première fois l’archétype du galant chevalier tueur de dragons dans mon école primaire de l’Église d’Angleterre, dans un hymne de 1931 intitulé « When a Knight Won His Spurs ». L’hymne parle d’un galant chevalier avec une lance qui se bat «pour Dieu et pour la bravoure» et cela implique qu’il tue des dragons et des ogres. J’ai été élevée dans l’Église d’Angleterre jusqu’à l’âge de quatorze ans et j’étais également membre des Girls Guides (nos scouts), et parce que Saint George est un symbole anglais et du christianisme, j’ai souvent été en contact avec sa légende à cette époque. Plus j’en apprenais plus, plus ça m’ennuyait que la princesse qu’il secourait ne faisait rien pour se sauver.

Alors que The Song Rising était avec mon éditeur en 2015, j’avais du temps libre pour écrire autre chose, alors j’ai commencé à approfondir mes recherches sur Saint George. J’ai été choqué par les origines problématiques de la légende, qui prend ses racines dans les croisades. Le personnage de George était généralement présenté comme un héros, mais j’ai trouvé ses actions répulsives – dans la toute première version de l’histoire du dragon, George oblige le peuple de Lasia, qui adore les dieux grecs, à se convertir au christianisme avant qu’il ne tue le dragon pestiféré qui terrorise leur terre. Dans une autre version de 1598, George commet des actes vraiment odieux – meurtre de masse, chantage sexuel – et est toujours présenté comme un champion, une icône. J’ai décidé qu’il était temps que quelqu’un souligne ces éléments de son histoire et conteste l’idée que George soit un héros. (J’ai écrit un essai sur ce sujet si vous souhaitez en savoir plus : https://unbound.com/boundless/2019/02/19/samantha-shannon-retellings/)

C’est un roman avec un univers immense et beaucoup de personnages. Quelle a été le plus difficile à écrire ou le plus gros challenge ?

La chronologie. C’était incroyablement difficile. Certains personnages avaient plus à faire que d’autres, mais je devais faire en sorte que leurs histoires se déroulent en harmonie et garder une trace du nombre de jours, de semaines et de mois qui s’étaient écoulés.

Comme le livre a beaucoup d’éléments historiques, je suppose que tu as passé du temps à faire des recherches. Quelle a été la chose la plus étrange que tu as a cherché ?

Rien de trop bizarre, en fait, mais une fois j’ai passé trois jours entiers à essayer de comprendre quel type de fourrure aurait été utilisé pour les chapeaux pendant une certaine période de l’histoire impériale chinoise. (Je l’ai eu à la fin. La fourrure de loutre !) Toutes ces recherches ont représenté une phrase dans le livre, mais y entrer les détails était très important pour moi.

Quelle est ta citation préférée de ton propre livre ?

« You have tried to turn yourself to stone. Do not be afeared to find that you are not. »

C’était un ajout très tardif au livre – si tard, en fait, que vous ne le trouverez pas dans les ARC. J’ai dû insister pour le faire apparaître, car j’ai fait beaucoup de changements au stade final de la relecture et mon éditeur était (on peut comprendre) réticent à en autoriser davantage, mais cela m’a semblé être une phrase très importante.

Était-il important pour toi de créer un monde différent du notre ? D’avoir un univers où les personnes queer, racisées et les femmes ne subiraient pas d’oppressions ?

Oui très. Si vous me suivez sur les réseaux sociaux, vous saurez que je suis incroyablement frustrée par l’attente obsolète que les mondes de fantasy soient homophobes, racistes et sexistes avec la fausse idée que la « précision historique » doit garder certains groupes des personnes opprimées. Je dois préciser que je pense qu’il devrait toujours y avoir une place pour les livres qui reflètent les problèmes du monde réel, mais cela ne devrait pas être une règle stricte que chaque bon roman de fantasy devrait automatiquement se dérouler dans des mondes oppressifs. Il existe d’autres moyens plus efficaces de créer des conflits. Je pense aussi que la fantasy, en tant que genre de possibilité et d’imaginaire, est le moteur parfait pour montrer ce à quoi pourrait ressembler le monde, plutôt que juste ce que le monde est et a été. Nous pouvons nous inspirer de l’Histoire, mais nous ne sommes pas redevables à tous les aspects de celui-ci. (Plus sur ce sujet : https://msmagazine.com/2019/02/26/feminist-call-historical-fantasy/)

Tu as passé tellement de temps avec tes personnages. Lequel t’es venu le plus facilement ?

Ead. J’ai adoré l’écrire – sur les quatre points de vue, la sienne était ma préférée, et je l’ai toujours considérée comme la protagoniste, car son histoire est plus étroitement liée au titre du livre. L’intrigue de la cour et le jeu de jambes politique sont mes choses préférées à lire et à écrire dans la fantaisy, et Ead regroupe tout ça. Bien sûr, son histoire d’amour était également très importante pour moi. C’est en écrivant sur Ead que j’ai compris que j’étais queer.

Tané, cependant, est le personnage qui me ressemble le plus. Nous sommes toutes les deux des gens anxieux et ambitieux qui ne priorisent pas les relations et ont souvent l’impression que nous ne méritons pas nos réalisations. J’ai adoré écrire ses interactions avec Nayimathun – il était important pour moi que certains des personnages n’aient pas de sous-intrigue romantique, mais étaient plutôt animés par un amour platonique féroce.

Quel message voudrais-tu que tes lecteurices retiennent du Prieuré de l’Oranger ?

Je ne pas préciser si tôt un message, même si mes propres croyances et idéaux sont tissés dans le récit. J’espère que chaque lecteur prendra quelque chose de différent du livre, basé sur ses propres expériences et opinions.

Tu as parlé d’écrire plus cet univers dans le futur. Est-ce que tu écrirais d’abord sur le passé avec un prequel ou le futur avec une suite ?

J’aimerais d’abord travailler sur deux préquels, qui révéleraient des éléments qui joueraient dans la suite. Il y a des personnages historiques intéressants dans le monde du Prieuré dont je voudrais dévoiler la vie plus en détail.

Ma scène préférée doit être celle de la danse des bougies. Est-ce une vraie danse ou l’as-tu inventé ? Et d’où vient-elle ?

10. My favorite scene must be the candle dance scene. Is this a real dance or did you invented it? Where did it come from?

Au cours de mes recherches sur les coutumes élisabéthaines, j’ai trouvé des mentions de la danse des chandeliers et de la branle de chandelier. Le nom m’a immédiatement séduit. Je ne pouvais pas penser à quelque chose de plus magnifique et tendu qu’une danse où le couple devrait se déplacer tout en essayant de ne pas éteindre leurs flammes. Comme vous le savez, si vous avez lu un de mes livres, j’aime une romance lente, et la danse capture ce sentiment d’avoir à marcher avec prudence et progressivement. C’est aussi un clin d’œil à l’affinité d’Ead avec siden, la magie du feu.

Et enfin peux tu recommander tes trois diverse books préférés ?

Argh, ne me fais pas en choisir que trois ! C’est trop dur. Je t’en donne cinq :

Merci encore à Samantha et à son agent Mary pour cette opportunité !

 


You may already know but The Priory of the Orange Tree was my 2019’s favorite book and I am so glad I got the chance to ask Samantha a few questions.

Do you have any writing rituals?

First thing in the morning, I go for a walk into town to wake myself up and pick up anything I need from the shops. I live in a rural part of London where there’s plenty of nature to inspire me. I start writing about an hour later and work for 8-9 hours a day – although this can increase by a lot when I’m on a tight deadline, up to 17 hours a day. (I used to be able to do all-nighters, but now I need my sleep!) I work best in the evenings. Usually I write in my apartment, but I often need a change of scene, so I’ll write in a café or the British Library, sometimes with friends.

This year, I made a resolution introduce a ‘weekend’ into my routine. As a freelancer, I’ve often felt guilty for taking any time off, but I realised that not having any breaks was having a negative impact on my productivity. Now I take Thursdays to catch up on admin and social media, decompress, and work on less urgent writing projects. I already feel much healthier for it, and I’m working harder and better on the other six days of the week.

The Priory of the Orange Tree is a retelling of St. George and the Dragon. What was your first encounter with the legend and what made you want to write about it?

I first encountered the archetype of the gallant, dragon-slaying knight at my Church of England primary school, in a hymn from 1931 called When a Knight Won His Spurs. The hymn is about a gallant knight with a lance who fights ‘for God and for valour’ and it’s implied that he slays dragons and ogres. I was raised in the Church of England until I was about fourteen and was also a member of the Girl Guides, and because Saint George serves as a symbol of both Englishness and Christianity, I often came into contact with his legend at that time. The more I learned about it, the more it annoyed me that the princess he rescues did nothing to save herself.

While The Song Rising was with my editor in 2015, I had some free time to write something else, so I started to research Saint George in more depth. I was shocked by the problematic origins of the legend, which has roots in the Crusades. The character of George was usually presented as a hero, but I found his actions repellent – in the very first version of the dragon story, George compels the people of Lasia, who worship the Greek gods, to convert to Christianity before he’ll slay the plague-bearing dragon that terrorises their land. In another version from 1598, George commits some truly heinous acts – mass murder, sexual blackmail – and is still presented as a champion, an icon. I decided it was about time somebody highlighted these elements of his story and challenged the idea that George was a hero. (I wrote an essay on this subject if you’d like to know more: https://unbound.com/boundless/2019/02/19/samantha-shannon-retellings/)

This is a book with a huge universe and a lot of characters. What was the most difficult part about writing it or the biggest challenge?

Timelines. Those were incredibly challenging. Some characters had more to do than others, but I still had to make their stories run alongside one another smoothly and keep track of how many days and weeks and months had passed.

As the book has a lot of historical elements I guess you have spent lot of hours doing research. What is the weirdest thing you researched?

Nothing too weird, actually, but I did once spend three entire days trying to figure out what sort of fur would have been used for hats during a certain period of Chinese imperial history. (I got it in the end. Otter fur!) All that research amounted to one sentence in the book, but getting the fine details in there meant a lot to me.

What is your favorite quote from your own book?

‘You have tried to turn yourself to stone. Do not be afeared to find that you are not.’

It was a very late addition to the book – so late, in fact, that you won’t find it in the ARCs. I had to push to get it in, since I made a lot of changes in the final stage of proofreading and my editor was (understandably) reluctant to allow any more, but it struck me as a very important line.

Was it important to you to create a world different from ours? To have a world where there are no more oppression for queer people, women and people of color?

Yes, very. If you follow me on social media, you’ll know that I am incredibly frustrated by the outdated expectation that secondary worlds should be homophobic, racist and sexist, and the way that a false idea of ‘historical accuracy’ is used to keep certain groups of people oppressed within the genre. I should clarify that I think there should always be a place for books that mirror real-world issues, but it shouldn’t be a hard-and-fast rule that every good fantasy should be automatically set in oppressive worlds. There are other, better ways to create conflict. I also feel that fantasy, as the genre of possibility and imagination, is the perfect engine to show what the world could be like, rather than just what the world is and has been like. We can draw inspiration from history, but we’re not beholden to every aspect of it. (More on that here: https://msmagazine.com/2019/02/26/feminist-call-historical-fantasy/)

You’ve spent so much time with these characters. Which one came to you the most easily?

Ead. I loved writing her – out of the four perspectives, hers was my favourite, and I always considered her the protagonist, as her story is most closely tied to the title of the book. Court intrigue and political footwork are my favourite things to read and write about in fantasy, and Ead had those in spades. Of course, her love story was also very important to me. It was through writing about Ead that I figured out I was queer.

Tané, however, is the character who is most like me. We’re both anxious, ambitious people who don’t prioritise relationships and have often felt as if we don’t deserve our achievements. I loved writing her interactions with Nayimathun – it was important to me that some of the characters didn’t have a romantic subplot, but instead were driven by fierce platonic love.

What message do you want your readers to grasp from The Priory of the Orange Tree?

I’d sooner not specify a message, even though my own beliefs and ideals are woven into the narrative. I hope every reader will take something different from the book, based on their own experiences and views.

You talked about writing more in this universe in the future. Would you first talk about what happened before with a prequel or what happened next with a sequel?

I’d like to work on two prequels first, which would reveal things that would play into the sequel. There are some interesting historical figures in the world of Priory whose lives I’d like to unpack in more detail.

My favorite scene must be the candle dance scene. Is this a real dance or did you invented it? Where did it come from?

During my research into Elizabethan customs, I found mentions of the dance of the candlesticks and the candlestick branle. The name of it immediately appealed to me. I couldn’t think of anything much more gorgeous and tense than a dance where the couple would have to move around each other while trying not to put their flames out. As you know if you’ve read any of my books, I love a slow-burn romance, and the dance captures that feeling of having to tread carefully and gradually. It’s also a nod to Ead’s affinity with siden, the magic of fire.

And finally, can you recommend your three favorite diverse books?

Argh, don’t make me just choose three! That’s so hard. I’ll give you five:

Thank you again to Samantha and her agent Mary for this opportunity!

2 commentaires

  1. Merci pour cette superbe interview ! C’est un plaisir d’en savoir plus sur l’auteur et les coulisses de son roman. C’est un pavé, j’hésite à le commencer, mais c’est hyper intéressant d’en savoir plus sur son écriture. J’aime beaucoup la citation qu’elle a choisie.

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