[DIVERSITHEQUE] Chronique de Spinning Silver de Naomi Novik

Résumé : Miryem est fille et petite-fille de prêteurs, mais son père est trop généreux pour recouvrer ses dettes. Ils font face à la pauvreté, jusqu’à ce que Miryem s’endurcisse et commence à travailler dans leur village. Son succès crée des rumeurs selon lesquelles elle pourrait transformer l’argent en or, ce qui attire le roi des fées de l’hiver. Il lui lance un défi impossible – et si elle échoue, elle mourra. Pourtant, si elle triomphe, cela pourrait signifier un destin pire que la mort. Et dans ses efforts désespérés pour réussir, Miryem tisse involontairement une toile qui attire la malheureuse fille d’un seigneur.
Le père d’Irina veut la marier au tsar – il paiera n’importe quel prix pour atteindre cet objectif. Cependant, l’élégant tsar n’est pas ce qu’il semble être. Et le secret qu’il cache menace de détruire à la fois la terre des mortels et l’hiver. Déchirées entre des choix meurtriers, Miryem et Irina se lancent dans une quête qui les mènera aux limites du sacrifice, du pouvoir et de l’amour.

Editeur : Del Rey
Date de sortie : 10 juillet 2018
Genre : Fantasy, adulte
Nombre de pages : 466

Radar à diversité : pp juive

L’avis de @NotQuiteStill : Arrivé un peu par hasard dans mes suggestions Goodreads, je me suis laissée séduire par le roman et son résumé, qui annonçait au moins une héroïne forte, Miryem. J’étais curieuse de découvrir le destin de cette jeune femme décidée à faire le sale boulot de son père. Le début du roman est ouvertement inspiré du conte du Nain Tracassin, qui vient en aide à une jeune femme dont le père a clamé qu’elle pouvait filer la paille en or, et qui doit maintenant filer de l’or pour le roi. En effet, Miryem, écoeurée de voir les débiteurs de son père vivre confortablement alors que sa propre famille vit dans la misère, se met à collecter l’argent à la place de son père, sait se montrer intraitable et se révèle une très bonne prêteuse, faisant ainsi la fierté de son grand-père. Mais, se vantant de ses prouesses et de sa capacité à changer l’argent en or, elle attire l’intérêt du seigneur Staryk, créature magique régnant sur l’hiver. Contrairement à la jeune fille du conte original, Miryem ne peut compter que sur son ingéniosité pour réussir le prodige qui est exigée d’elle.
C’est un personnage que j’ai trouvé très intéressant. Juive, elle subit la profession de son père, qui n’a pas le cœur d’un prêteur d’argent mais qui ne peut faire aucune autre profession, parce que personne ne veut acheter les produits d’un Juif. Dans le petit village où ils vivent, ils sont considérés comme un mal avec lequel il faut composer, craints et haïs plus qu’autre chose. L’intérêt du seigneur Staryk pour ses dons n’arrange rien : les Staryk sont des créatures cruelles qui pillent et tuent et il n’est pas bon pour une Juive d’être soupçonnée de tout lien avec elles. Pour autant, Miryem ne se laisse pas abattre et fait montre d’une incroyable force de caractère, vis-à-vis des villageois mais aussi vis-à-vis des Staryk. C’est une jeune femme aimante et dévouée à sa famille, qui n’a pas peur d’assumer ses responsabilités, ce qui la met face à un choix cornélien.
L’autre personnage que j’ai beaucoup aimé, c’est Wanda. Engagée par Miryem, sur conseil de son grand-père, pour l’aider à la maison et pour la collecte des dettes, il s’agit d’une paysanne orpheline de mère et battue par son père, qui vit dans la peur du jour où elle devra se marier et produire des enfants pour son mari jusqu’à la mort. Si elle apparaît comme un personnage simplet au premier abord, elle est en réalité très intelligente et débrouillarde. J’ai beaucoup aimé voir sa relation à ses frères évoluer au fil du roman, et la voir se faire une place dans la famille de Myriam. Loyale et courageuse, c’est pour moi l’un des trésors de ce roman.
Irina constitue également une bonne surprise, dans la mesure où le résumé la plaçait un peu en victime des machinations de son père. S’il est vrai qu’elle prise la liberté plus que tout et n’accueille qu’avec morgue la décision de son père de la marier au tsar, elle saura tirer parti de sa nouvelle position. C’est un personnage très noble mais aussi très pragmatique, qui s’intéresse bien plus à son peuple que le tsar. Toutefois, même si elle a beaucoup de qualités en sa faveur, je n’ai pas pu me remettre de son hypocrisie : désirant pouvoir vivre sa vie comme elle l’entend, elle déplore qu’on la marie de force… et, une fois tsarina, se dépêche de marier de force une autre noble à un prince pour consolider sa position (ces derniers n’ayant rien à dire puisque le mariage est la décision du tsar et de la tsarina). J’ai vu ça comme une inconsistance dans le personnage et c’est l’une des seules choses que j’aurais à reprocher au roman.
Ce dernier est globalement génial. L’histoire est très prenante, riche en rebondissements et révélations. Si elle s’inspire un peu du Nain Tracassin au début, elle va bien au-delà du conte et nous offre un récit plein de magie et de chaleur, où l’amour promis dans le résumé de l’éditeur n’est pas forcément un amour romantique. La narration est une narration à la première personne et à plusieurs voix, elle alterne les points de vue de six personnages, dont quatre femmes et un enfant. C’est quelque chose qui m’a beaucoup plu, ces femmes au départ victimes des circonstances, de leur père, de leur condition, qui mobilisent leurs ressources, leur intelligence et leur force pour reprendre contrôle de leur vie, malgré les peurs, malgré parfois la souffrance, et aller vers un futur qu’elles espèrent plus radieux.

9/10
Niveau d’anglais : ★★★☆☆

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