[DIVERSITHEQUE] 2 chroniques de romances historiques f/f par Courtney Milan et K.J. Charles

Aujourd’hui, deux romances historiques f/f 2019 pour le prix d’une ! (pas littéralement, hein, si vous voulez lire les deux il faut acheter les deux)

Résumé : Miss Violetta Beauchamps est désespérée. À 69 ans, elle vient d’être renvoyée par son employeur (propriétaire d’une résidence pour gentilhommes), moins d’un an avant la date à partir de laquelle elle devait recevoir une retraite de sa part. Le prétexte ? Son incapacité à se débarrasser de l’un des locataires qui n’a pas payé son loyer depuis deux ans, Robert Cappish. Pour ne pas mourir de faim, Violetta décide d’aller voir la riche tante de Robert Cappish, Mrs. Bertrice Martin, 73 ans, et de lui soutirer les arriérés de loyer en question avant de disparaître. Mais rien ne se passe comme prévu, car Bertrice accepte de lui verser la somme en question… à condition que Violetta l’aide à faire de la vie de son Terrible Neveu un enfer. De réveils en fanfare à un peu de pyromanie, les deux femmes parviendront-elles à prendre leur revanche sur le patriarcat et surmonter leurs différences pour retrouver l’amour ? Évidemment que oui, et le résultat est à la fois drôle et touchant.

  • Titre : Mrs. Martin’s Incomparable Adventure
  • Autrice : Courtney Milan
  • Public : 16 ans+ ? (scènes de sexe explicites mais pas très graphiques)
  • Genre : romance, historique (1867)
  • Éditeur : Courtney Milan (auto-édition)
  • Date de sortie : 26 mars 2019
  • Pagination : 144 pages

TW : propos misogynes, classisme, ageism, gaslighting/manipulation, viol (évoqué dans le passé pour un personnage secondaire), deuil, dépression

Radar à diversité : PPs lesbiennes & agées (70 ans), pauvreté

L’avis de @cduvezin : Courtney Milan est une autrice de romance racisée qui fait un travail formidable en matière de diversité dans ses bouquins, mais quasiment toujours en m/f, je suis donc absolument ravie de vous présenter cette novella f/f ! Elle s’inscrit dans sa série de romance historique sur la famille Worth mais il n’est absolument pas nécessaire d’avoir lus les autres romans. Ça se lit vite, c’est féministe et drôle, mais aussi très mordant : lorsque Violetta parle de sa condition en tant que « surplus woman » (les « femmes en trop » des classes travailleuses du 19ème siècle), lorsque Bertrice parle de feu son mari (qu’elle détestait) ou au contraire du deuil de sa partenaire (qu’elle aimait profondément), on a un aperçu sur des souffrances très différentes de la condition féminine à l’époque victorienne. Le Terrible Neveu est une caricature assumée de méchant, et il est extrêmement jouissif de le voir puni pour tout ce qu’il a fait subir à des femmes en paroles et en actes. Les échos avec le contexte actuel et #metoo ne sont pas des coïncidences (sans entrer dans les détails, l’autrice y a été personnellement mêlée dans sa carrière précédente dans le milieu judiciaire), et le choix du genre de la romance avec la fin heureuse obligatoire est tout à fait militant. Comme elle dit dans les notes de fin : « They haven’t managed to win, not in the long term. They have all the money and all the power, and still, here we are. Happiness is not just an act of optimism—it is an act of defiance ».

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Résumé : Patricia Merton, dite ‘Pat’, ne sait pas exactement ce qu’elle va faire de sa vie maintenant que son frère aîné s’est marié et qu’elle ne doit plus gérer sa maison d’enfance. Une partie de chasse organisée par son vieil ami, l’Honorable James Yoxall, dans la maison de campagne de la famille, Rodington Court, arrive à point nommé : plusieurs semaines tranquille à pratiquer son activité favorite (Pat est une championne de tir) avec son frère Bill et Jimmy en toute informalité… Mais voilà que Miss Fennella Carruth, à laquelle Jimmy vient de se fiancer, est également présente, ainsi qu’un certain nombre de membres de la famille, dont Maurice Haworth, le beau-frère (marié à Lady Anna, la sœur de Jimmy), qui est absolument imbuvable. Tout le monde semble avoir des secrets, y compris Fennella, qui n’est aussi superficielle qu’elle en a l’air, et aux charmes de laquelle Pat n’est pas insensible… mais alors qu’elles commencent à peine à se connaître, quelqu’un est assassiné. Et le meurtrier est un des leurs…
  • Titre : Proper English
  • Autrice : K.J. Charles
  • Public : 16 ans+ ? (scènes de sexe explicites mais pas très graphiques, cadavre poignardé)
  • Genre : romance, historique (1902), roman policier
  • Éditeur : KJC Books (auto-édition)
  • Date de sortie : 8 mai 2019
  • Pagination : 243 pages

TW : propos misogynes, slutshaming, propos racistes, propos homophobes, homophobie internalisée, chantage (avec menace de sortir du placard des personnages gay dans un contexte historique où l’homosexualité masculine est un crime), meurtre, armes à feu, chasse comme divertissement

Radar à diversité : PP lesbienne, PP bisexuelle & corps sous-représenté (grosse) ; personnage racisée ; intersectionnalité ; personnages gay

L’avis de @cduvezin : Le roman se situe deux ans avant Think of England, une autre romance historique de K.J. Charles qui est du m/m (comme la quasi-totalité de ses livres) et qui est également construite autour d’un meurtre en huis clos dans une maison de campagne. Pat et Fen y apparaissent comme personnages secondaires – je ne l’ai pas encore lu, j’aime tellement K.J. Charles que j’espace la lecture de ses livres pour rendre l’attente de nouveaux moins longue ^^. L’intrigue du roman est assez prévisible, et je pense vraiment que c’est volontaire : comme c’est une romance on sait que Pat et Fen vont finir ensemble, la victime du meurtre n’est pas du tout surprenante, le coupable non plus, et le couple gay secret est tellement évident que vous avez probablement deviné en lisant le résumé. Tout cela sert de cadre pour explorer les questions de classe et de genre comme l’autrice sait si bien le faire : Pat et Fen offrent des modèles de féminité diamétralement opposés, et il est intéressant de voir Pat surmonter sa misogynie internalisée pour voir au-delà des apparences. La solidarité féminine dont font preuve Pat, Fen et Victoria Singh (filleule indienne de la mère de Jimmy, et un personnage que j’aime beaucoup) envers l’horrible Maurice fait chaud au cœur, en particulier quand il se lance dans des propos racistes et homophobes. En terme d’homophobie justement, la date choisie nous place après l’amendement Labouchere de 1885 (qui criminalise tout acte sexuel entre deux hommes comme « gross indecency », et pas seulement la sodomie comme c’était le cas auparavant) et le procès d’Oscar Wilde en 1895. C’est donc un contexte judiciaire différent des romances m/m situées au début ou au milieu du 19ème siècle, mais notons que l’homosexualité féminine est elle complètement absente de la loi. Si la culture queer au 18ème et 19ème vous intéresse et que vous lisez l’anglais, je recommande chaudement les ressources mises en ligne par l’historien Rictor Norton. À noter que les courbes généreuses de Fen ne lui valent pas de commentaires grossophobes, même de la part de Maurice. Dans les faits, les discours grossophobes existent bien dès la fin de l’époque victorienne (voir « Victoran Fat Shaming: Harsh Words on Weight from the 19th century » de Mimi Matthews), mais je trouve le choix de K.J. Charles plutôt reposant.

Bref, c’est un mélange de romance et de policier qui se lit bien et avec plaisir, avec des personnages soignés, quelques mystères, du féminisme et des lesbiennes qui tirent au pistolet. Que demande le peuple ?

Dans la série des f/f historiques, The Lady’s Guide to Celestial Mechanics d’Olivia Waite vient de sortir et ma TL est extatique – je ne l’ai pas encore lu parce que ma PÀL est une montagne mais c’est bien sûr prévu ! Et si vous avez des favoris dans ce genre, n’hésitez pas à me recommander des choses sur Twitter (@CarolineDuvezin), je suis toujours preneuse 🙂

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