[DIVERSITHEQUE] Chronique de The Traitor Baru Cormorant de Seth Dickinson

Résumé : Demain, sur la plage, Baru Cormorant lèvera les yeux du sable de son île et verra des voiles rouges à l’horizon.
L’Empire des Masques arrive, armé de pièces de monnaie et d’encre, de doctrine et de compas, de savon et de mensonges. Ils vont conquérir l’île de Baru, réécrire sa culture, criminaliser ses coutumes et éliminer l’un de ses pères. Mais Baru est patiente. Elle ravalera sa haine, prouvera son talent et rejoindra la Mascarade. Elle va apprendre les secrets de l’empire. Elle sera exactement ce dont ils ont besoin. Et elle se frayera un chemin assez haut dans les rangs du pouvoir pour libérer son peuple.
Dans un ultime test de sa loyauté, la Mascarade enverra Baru mettre de l’ordre à Aurdwynn, une fosse à serpent composée de rebelles, d’informateurs et de ducs séditieux. Aurdwynn tue tous ceux qui essaient de le gouverner. Pour survivre, Baru devra démêler le réseau complexe des traîtrises de cette terre et dissimuler son attirance pour la dangereusement fascinante duchesse Tain Hu.
Mais Baru est une experte des jeux de pouvoir, aussi impitoyable dans ses tactiques que dans ses objectifs. Dans le calcul de ses projets, tous les grands livres doivent être équilibrés et le prix de la libération payé en totalité.

Editeur : Tor Books
Date de sortie : 15 septembre 2015
Genre : Fantasy, SF, adulte
Nombre de pages : 399

TW : homophobie, sexisme, colonialisme, torture, mutilation…

Radar à diversité : pp lesbienne

L’avis de @NotQuiteStill : The Traitor Baru Cormorant est un roman de fantasy sur lequel j’ai un avis très mitigé. J’aime beaucoup la fantasy mais je ne me serais pas intéressée à ce livre en particulier si on ne m’avait pas vendue une potentielle romance lesbienne dans la 4ème de couverture. Par ailleurs, les critiques sur Goodreads étaient globalement élogieuses donc je n’avais pas de raison de me méfier. Cependant, j’ai moyennement accroché à l’écriture. Ce n’était pas mal écrit, mais ce n’était pas remarquablement bien écrit non plus et l’auteur laisse beaucoup de choses à la discrétion des lecteur.ice.s, ce qui n’est pas une pratique que j’affectionne. Par exemple, il va écrire que tout à coup, telle situation devient limpide pour Baru, mais nous, lecteur.ice.s, sommes un peu laissé.e.s dans le flou. Ou alors il va avoir souvent recours à des interrogations incomplètes pour dynamiser un peu l’écriture, mais ça nous laisse dans le vague. Pour donner une idée, ça serait un peu comme écrire : « Etait-il possible que… ? Non, elle devait mal comprendre. Sauf si… » Et voilà, bon courage pour savoir de quoi on parle. Cet aspect de l’écriture constituera peut-être un bon challenge pour les lecteur.ice.s qui ont tendance à essayer de tout deviner mais je ne suis pas dans ce cas-là.
Il se passe aussi quelque chose d’étrange dans la façon dont Baru est écrite. Lorsque l’histoire commence, Baru a 7 ou 8 ans et elle voit l’Empire des Masques s’installer sur son île, Taranoke. Pas par la force mais par le commerce et la culture. Elle a grandi dans une famille tri-parentale, avec une mère et deux pères, et ce genre de structure familiale avec plus de deux parents est une pratique très courante et banale sur son île. Elle intègre l’école que l’Empire construit sur l’île parce qu’elle pense qu’elle aura une meilleure éducation ainsi. Là-bas, elle apprend via les cours d’hygiène que l’Empire considère la sodomie et le tribadisme comme des pratiques déviantes et intolérables. Par ailleurs, si les professeurs soupçonnent les élèves de pratiquer l’une ou l’autre, ils sont en droit d’appliquer des mesures correctives, y compris des viols correctifs. Ce n’est jamais décrit, mais c’est sous-entendu. Peu de temps après, un de ses pères disparaît. Elle prend alors la décision de devenir un brillant élément de l’Empire pour gagner en pouvoir et libérer un jour son île. La première partie du roman est donc un focus sur ses dix années en tant qu’étudiante puis sur sa première mission, qui consiste à ramener l’ordre à Aurdwynn en tant que Comptable Impériale. Et c’est facile de s’attacher à Baru, pendant cette période. C’est une jeune femme intelligente, calculatrice et dévouée à son île. Mais après un premier tournant dans la narration, qui laisse un trou de 3 ans dans la vie de la jeune femme, elle devient totalement antipathique. Sa loyauté à Taranoke ne faillira jamais, mais elle se rend compte au fil du temps qu’elle est prête à tout, absolument tout, pour gagner en pouvoir.
J’ai été obligée de me demander si le fait de la trouver antipathique parce que cruelle et ambitieuse relevait d’une sorte de misogynie intériorisée. Le titre du roman annonce la couleur, c’est bien Baru Cormorant la Traîtresse. Est-ce que ses trahisons et ses mensonges m’auraient moins dégoûtée si le personnage avait été masculin ? Ou est-elle simplement mal écrite ? Fondamentalement pas attachante ? A un moment donné, j’ai arrêté ma lecture pendant plusieurs semaines, parce que je m’intéressais peu à ce qu’il pouvait arriver à Baru. J’ai repris ma lecture parce que je me suis dit : « eh, mais où est donc la relation lesbienne que j’espérais trouver dans ce roman ? ».
Donc petite parenthèse romance : il faut comprendre que, puisque Baru espère accéder au plus haut rang dans la hiérarchie de l’Empire, elle dissimule son lesbianisme à la face du monde. Donc son « attirance » pour Tain Hu se construit très –très- progressivement et pour être franche, si vous espérez une chouette romance, ce livre n’est pas le bon. J’avais peur que la romance soit très mal écrite parce que l’auteur est un homme (et bon, les hommes ne sont pas les mieux placés pour parler des lesbiennes) et finalement j’ai trouvé que c’était bien fait, pas d’hypersexualisation ou de fétichisme déplacé. Mais c’était trop peu, trop hâté sur la fin du roman et d’ailleurs, à cet égard, la fin est extrêmement peu satisfaisante.
Il faut quand même porter au crédit de l’auteur un roman foisonnant en rebondissements, en manœuvres politiques et en trahisons, donc il peut plaire aux amateurs du genre. L’héroïne est une femme noire et lesbienne, ce qui est également louable, d’autant plus que je n’ai pas trouvé ça mal réalisé. Elle est intelligente, très ambitieuse et prête à tout pour arriver à ses fins, et même si je ne me suis pas attachée à elle (que voulez-vous, j’aime les personnages gentils moi), je ne vais pas reprocher à l’auteur d’avoir écrit un personnage féminin aussi fort. Et malgré l’écriture que j’ai trouvée parfois frustrante, il m’est arrivé d’avoir du mal à lâcher le livre parce que j’étais totalement absorbée dans l’intrigue. La fin m’a profondément choquée et je ne sais vraiment pas si j’achèterai la suite, The Monster Baru Cormorant, dont la parution est prévue pour septembre.

5/10
Niveau d’anglais : ★★★☆☆

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