[DIVERSITHEQUE] Chronique de Ramona Blue de Julie Murphy

Résumé : Ramona Leroux, dite Ramona Blue (pour sa passion pour l’océan et ses cheveux) n’a pas grand-chose dans sa vie. Sa famille avait déjà du mal à joindre les deux bouts avant l’ouragan Katrina, et cinq ans plus tard, chaque centime compte. Mais au moins, elle peut compter sur sa famille et ses amis, et elle est absolument sûre de trois choses. Premièrement, qu’elle ferait n’importe quoi pour sa sœur Hattie. Deuxièmement, qu’elles vont toutes les deux sortir de leur petite ville d’Eulogy dans le Mississippi, mais qu’aucune n’a le luxe d’aller à l’université. Troisièmement, qu’elle aime les filles. Mais alors qu’elle aborde sa dernière année de lycée, Hattie tombe enceinte, une inconnue se prend pour sa coach et lui parle équipes de natation et bourses d’études sportives, et ce qu’elle ressent pour son ami d’enfance Freddie, qui vient d’emménager à Eulogy, va bien au-delà de l’amitié… Petit à petit, le futur et l’identité que Ramona pensait tous tracés redeviennent aussi fluides que l’océan.

  • Titre : Ramona Blue
  • Autrice : Julie Murphy
  • Public : 14 ans +
  • Genre : YA, contemporain
  • Éditeur : Balzer + Bray
  • Date de sortie : 9 Mai 2017
  • Pagination : 432 pages

TW : propos racistes, propos homophobes/queerphobes, classisme, slutshaming

Radar à diversité : PP LGBTQ+, pauvreté, intersectionnalité, personnage demi-sexuel homoromantique, personnage homosexuel, personnage noir

L’avis de @cduvezin : « My sport—the special skill I’ve developed my whole life—is surviving, and that doesn’t leave much room for following a Cinderella dream » nous dit Ramona à la fin du chapitre deux. C’est rare de voir un roman YA où la protagoniste et sa famille sont vraiment dans une position économique précaire, et où son refus de s’intéresser aux universités malgré l’insistance de son amour d’été Grace ne vient pas d’un manque de confiance en elle ou difficulté à voir l’avenir, mais vraiment une vision réaliste de ses moyens. Pour autant, l’autrice n’hésite pas à mettre Ramona face à ses propres privilèges, lorsqu’elle se retrouve à s’introduire clandestinement dans une piscine privée des quartiers chics sur les incitations de ses amis Saul et Ruth, et malgré le malaise évident de Freddie. Pour une fille caucasienne, c’est une bêtise, pour un garçon noir, une occasion de se faire tirer dessus par un propriétaire « inquiet ». Le dialogue est essentiel au renouement de leur amitié, puis à son évolution vers une relation amoureuse, malgré tous les chamboulements qu’elle apporte dans leurs vies respectives, et je trouve que c’est vraiment une dimension importante pour le lectorat adolescent.

Freddie est un cinnamon roll (= quelqu’un d’adorable), Ramona est une fille volontaire et courageuse qu’on ne peut s’empêcher d’admirer. Comme souvent en YA, les relations familiales sont aussi développées avec nuance et profondeur : le père de Ramona est un homme travailleur et trop gentil qui en vient à symboliser l’attrait du familier, sa mère est une sorte d’avertissement des choses à ne pas faire…et même Tyler, le copain parasite d’Hattie, fait son bonhomme de chemin au cours du roman. Hattie elle-même est complètement badass, et éjecte ses ex-camarades de classe venues à sa baby shower (qui tiennent des propos homophobes envers Ramona) avec un grand sourire et des répliques cinglants. En parallèle, on a aussi la relation très aimante de Freddie avec sa grand-mère Agnès, et l’alliance de la fratrie Saul et Ruth face à l’homophobie religieuse de leurs parents. D’ailleurs c’est la première fois que je vois un frère et une sœur gay dans un roman.

Ce livre est arrivé à mon attention par un fil retweeté dans ma TL, où @DistractedGlowb appelait à ne pas effacer l’identité de Ramona, qui ne s’identifie pas comme bi/pansexuelle à la fin du roman, même si elle voit bien que l’homosexualité ne lui convient plus. Elle ne sait pas encore quelle étiquette lui correspond, et avec tout ce qui lui tombe dessus, c’est vraiment compréhensible. C’est le seul personnage dans la catégorie « Q » (=Questioning) de LGBTQ+ que j’ai croisé dans mes lectures jusque-là, et le livre inclut des vraies discussions sur l’identité, y compris le choix éventuel de la simplifier pour ne pas avoir à sans cesse s’expliquer (Ruth admet qu’elle se présente comme gay parce que « homoromantique demisexuelle » provoque en général trop de questions). Pour moi, cette lecture est à l’image de Ramona elle-même : profonde, honnête et rythmée, gardant le cap sur l’horizon même lorsqu’elle est ballottée par les vagues de la vie, laissant derrière elle un sillage qui fait réfléchir. Prêt.e à piquer une tête ?

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