[DIVERSITHEQUE] Chronique de Saints and Misfits par S.K. Ali

Résumé : À 15 ans, la vie de Janna Yusuf est bien compliquée : pas facile d’être la seule à avoir une mère divorcée dans sa mosquée, une des seules ados voilées de son lycée, de devoir céder sa chambre à son grand frère de retour de l’université (et qui va se marier avec une fille tellement parfaite qu’elle est insupportable). Et puis il y a ce garçon qui lui plaît, Jeremy, et qui n’est pas musulman… mais tout cela, Janna serait de taille à l’affronter s’il n’y avait Farooq, le cousin de son amie Fizz, le garçon qu’on lui conseille comme le petit ami parfait, celui que tout le monde porte aux nues dans sa mosquée parce qu’il a mémorisé le Coran, le monstre qui a essayé de la violer et qui empoisonne sa vie.

  • Titre : Saints and Misfits
  • Autrice : S.K. Ali
  • Public : 13 ans +
  • Genre : YA, contemporain
  • Éditeur : Salaam Reads
  • Date de sortie : 13 juin 2017
  • Pagination : 336 pages

TW : agression sexuelle/tentative de viol, propos islamophobes, propos racistes, slutshaming

Radar à diversité : PP voilée (hijab) et musulmane #ownvoices, PP métisse (Américaine d’origine égypto-indienne), #metoo, romance inter-religieuse, amitiés inter-religieuses, personnage portant la niqab

L’avis de @cduvezin : Ce livre est apparu dans ma TL dans une courte liste détaillant la « révolution » de la littérature Young Adult en 2017, proposé comme l’équivalent de The Hate U Give pour le mouvement #metoo au lieu de #blacklivesmatters. Après lecture, c’est une comparaison qui me semble pleinement justifiée, et je suis heureuse que le titre et la couverture m’aient convaincue de lire en-dehors de ma zone de confort (pas un seul dragon à l’horizon). Comme pour le roman d’Angie Thomas, j’avais peur d’aborder un sujet aussi dur – et oui, il y a des passages qui brisent un peu le cœur mais j’aurais dû faire confiance à la capacité de la YA à donner du courage en nous présentant des héroïnes fortes, inspirantes, entourées d’ami.e.s et de famille, parfaitement capables de monter, chacune à leur façon, sur les barricades. Pour citer La servante écarlate d’Atwood : Nolite te bastardes carborundorum ! Si vous pouvez supporter les TW, vous en sortirez grandi.e (mais prenez soin de vous).

En tant que lectrice non-musulmane, non-voilée, non-racisée, ce livre m’a beaucoup appris et fait réfléchir. Rien n’oblige les auteur.ice.s #ownvoices à faire de la pédagogie de base mais S.K. Ali le fait très bien, et les avis de chroniqueur.se.s ownvoices que j’ai consultés semblent largement enthousiastes. Il y a une chose que Janna est amenée à faire qui m’a fait tiquer et semble avoir choqué des chroniqueuses Goodreads (qui s’identifiaient comme musulmanes hijabis dans ces mêmes commentaires) : l’autrice en parle dans cet entretien très intéressant avec Aisha Kaja de la chaîne Youtube Quran Speaks, si vous voulez allez voir (https://www.youtube.com/watch?v=GPcGJZXwfiE), et son explication me semble logique – mais je ne suis bien sûre pas directement concernée, et l’intention de l’autrice n’invalide pas la réaction d’un.e lecteur.ice. Kirkus a donné au roman une chronique étoilée, ce qui est en général un gage de qualité, et je crois qu’iels ont souvent recours à des chroniqueur.se.s ownvoices mais l’information n’est pas disponible. Je peux vous référer à trois vidéos booktube en anglais, l’une de Saajid, un chroniqueur musulman indien (https://www.youtube.com/watch?v=g3q6Wle1gJk), les autres de musulmanes hijabis : Maliemania (https://www.youtube.com/watch?v=5oJu4sq7CEI) et afangirlachive (https://www.youtube.com/watch?v=piDrGiKkjZA) – même si vous ne comprenez pas l’anglais son excitation à l’idée d’avoir une héroïne musulmane hijabi qui apparaît sur la couverture est palpable.

Et si vous lisez l’anglais et que, comme moi, vous avez envie de vous éduquer sur le port du voile, je recommande chaudement Mirror on the Veil : A Collection of Personal Essays on Hijab and Veiling, recueil dirigé par Nausheen Pasha-Zaidi et Shaheen Pasha (2017). L’introduction est un peu universitaire (avec des références et tout) mais les essais sont des expériences personnelles de femmes qui sont/ont été/pourraient être voilées (avec une large place laissée à la niqab), qui offrent un regard nuancé sur cette question complexe en donnant la parole aux principales intéressées au lieu de laisser déblatérer des hommes blancs non-musulmans ignorants à la télé. D’ailleurs pour celleux qui se rappellent du débat sur le burkini l’été dernier, Saints and Misfits commence avec Janna à la plage, et son père (qui ne pratique plus l’islam) hyper gêné proclamant bruyamment que ce n’est pas lui qui force sa fille à s’habiller comme ça, alors que Janna elle-même est tout à fait à l’aise et ne juge absolument pas sa belle-mère en bikini. C’est son corps, c’est elle qui décide.

J’aurais tellement de choses à dire sur ce roman : l’intertextualité (Janna est fan de Flannery O’Connor), l’utilisation de la photographie comme façon de révéler mais aussi de cacher la vérité, l’humour, la question de l’identité, les différentes formes de courage… @littleandthemoon soulignait dans sa chronique sur The Hate U Give le fait qu’elle avait oublié qu’on pouvait avoir de bons parents en YA, c’est aussi une chose qui frappe dans Saints and Misfits. Janna a déjà un caractère bien défini mais elle apprend beaucoup des différents modèles de féminité : sa mère, son amie non-mulsulmane Tats, sa future belle-sœur « Sainte Sarah », son amie Sausun (personnage très intéressant) qui décide de porter la niqab…et elle est aussi entourée par des modèles d’homme biens (musulmans ou pas) qui font contre-poids au monstre Farooq : son père, son ami Nuah, le vieux Mr Ram et son oncle Amu (un imam qui tient une section question-réponses sur internet et est absolument adorable). Sa relation haram (interdite) avec Jeremy évite aussi le gros cliché à la Roméo et Juliette qu’on trouve trop souvent en YA : il y a bien sûr des facteurs extérieurs qui viennent la compliquer, mais c’est bien au fond une question de foi et de choix personnel pour Janna – comme le port de l’hijab. S.K. Ali a commencé très fort, et j’ai hâte de lire son prochain roman !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s