[DIVERSITHEQUE] Ils nous ont marqués cette année… #2

A propos de @facedecitrouilleJe suis Loris, j’ai 26 ans et j’enseigne les lettres et l’anglais en lycée pro. Je suis également bénévole dans une asso féministe et je m’intéresse aux luttes LGBTI depuis une dizaine d’années maintenant, non seulement parce qu’elles ont un impact direct sur mon quotidien, mais aussi parce que des lignes à faire bouger, il nous en reste un paquet ! Je tiens un blog, Face de Citrouille, dans lequel j’essaie de combiner ma passion pour la littérature jeunesse et la représentation des minorités. Accessoirement j’aime les séries, le tarot, je bois beaucoup trop de thé et je détiens (sans prétention aucune) la meilleure recette de cookies au monde.

Introduction : Lorsqu’une amie (qui se reconnaîtra peut-être en lisant ces lignes : merci, toi !) m’a prêté Normal(e) (The art of being normal en VO), mon parcours de lecture était sacrément carencé en représentation LGBTI. Je n’avais même strictement JAMAIS lu de roman jeunesse ou ado avec un personnage transgenre… et ce n’était pas faute de le vouloir ! Mais je n’avais rien trouvé à me mettre sous la dent. C’est dans ce contexte de frustration absolue que j’ai entamé ce livre. La méfiance était au rendez-vous, je ne vous le cache pas, parce que de la représentation, c’est bien, mais de la bonne représentation, c’est encore mieux – et encore plus rare. Alors, verdict ?

Informations

  • Titre : Normal(e) (The Art of Being Normal en VO)
  • Autrice : Lisa Williamson
  • Traductrice : Mathilde Tamae-Bouhon
  • Éditeur : Hachette Romans
  • Date de parution : 7 janvier 2017 (29 mars 2017 pour la VF)
  • Nombre de pages: 350
  • Prix : 16€90

TW éventuels : transphobie, personnages mégenrés, harcèlement scolaire, agression physique, verbale et sexuelle.

Mon avis : Normal(e) est un roman qui fait du BIEN. Maintenant, il m’est difficile de vous faire comprendre à quel point il mérite d’être lu sans trop en dire…car il réserve de véritables plot twists qui en font toute la saveur ! Comme je suis sympa je vais quand même tenter de le faire : ce qui va suivre est 100% garanti sans spoiler, promis.

Donc : ce qui fait la force de ce livre, c’est sans aucun doute sa polyphonie. L’alternance des deux points de vue de chapitre en chapitre instaure un rythme efficace et permet également à l’autrice de ménager un certain suspens. Mais surtout, son intérêt repose dans les différences opposant les deux narrateur·ice·s : Kate est issue d’une famille hétéroparentale traditionnelle, de classe moyenne, tandis que Leo vient d’un quartier populaire et n’a été élevé que par sa mère. Leur parcours de vie, leur personnalité, leurs aspirations ne sont clairement pas les mêmes… Et pourtant, leur trajectoire finissent par coïncider de manière inattendue !

Kate et Leo sont par ailleurs deux personnages aussi attachant·e·s que riches en nuances, et dont l’évolution s’avère particulièrement intéressante. Le traitement de leur amitié est quant à lui extrêmement touchant. Face aux expériences difficiles (solitude / marginalisation, transphobie, harcèlement scolaire, outing, problèmes familiaux…), l’autrice nous montre bien à quel point cette relation représente une véritable bouffée d’air frais, qui va leur donner la force de s’affirmer au sein d’une société hostile. L’intrigue ne cesse d’ailleurs pas de poser l’épineuse question de la normalité (forcément, avec un titre pareil). Qu’est-ce que ce mot signifie, au juste ? Est-il vraiment souhaitable d’être normal·e ? Que sommes nous prêt·e·s à faire pour préserver cette sacro-sainte normalité ? Cela en vaut-il vraiment la peine ? Lisa Williamson nous montre bien la façon dont les adolescent·e·s peuvent se faire les cruel·le·s gardien·ne·s de l’hétéro-cis-normativité, mais les adultes ne sont pas non plus épargné·e·s. La reconnaissance, l’amour et le soutien que ces dernièr·e·s ont à offrir aux plus jeunes sont essentiels et pour Kate, la peur du rejet peut s’avérer paralysante.

Le traitement de la diversité : Si la transidentité est évoquée de façon relativement classique (avec notamment le coming out, le changement de prénom, l’expérimentation d’une nouvelle apparence), c’est à travers les relations entre les personnages qu’en sont explorées des facettes que nous avons moins l’habitude de voir représentées : l’importance de trouver des modèles, des repères, de bénéficier d’une solidarité intra-communautaire… bref, de ne pas être seul·e dans son parcours de transition et vécu de personne minorisé·e. C’est cela qui fait de Normal(e) un roman jeunesse important. Il a en plus de cela le mérite d’être agréable à lire et divertissant, et n’oublie pas d’aborder des thématiques adolescentes plus larges : les premiers crushs, les fêtes scolaires, l’amitié, la quête de soi… Bref, c’est à la fois une lecture nécessaire, qui booste et qui fait chaud au cœur : que du bonheur.

(Chronique initialement publiée sur Face de Citrouille)

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